Nous sommes des millions

« On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent

Mais on ne dit jamais rien de la violence

Des rives qui l’enserrent

On dit que le vent qui courbe les bouleaux est violent.

Mais qu’en est-il de la tempête qui courbe les hommes »

Ces vers de Brecht illustrent parfaitement ce qu’est la violence du pouvoir, de l’injustice, des inégalités, du capitalisme.

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Les raisons de la colère

Les conditions d’une levée en masse sont désormais réunies. Gilets jaunes, gilets rouges de la CGT et des autres syndicats, blouses blanches de la santé, cols bleus de l’industrie, fonctionnaires, chômeurs et précaires, salariés du privé, du bâtiment, de la construction, tous sont en train de tisser des convergences pour les salaires et le pouvoir d’achat alors même que les lycéens ont massivement débraillé ce lundi contre une réforme élitiste du bac et l’instauration de la sélection à l’université. En restant sourd aux demandes qui désormais s’expriment de plus en plus clairement et fortement, le gouvernement court un risque immense.

Le mouvement évolue et change de nature

Traités d’abord comme de simples consommateurs, parfois même par les initiateurs du mouvement eux mêmes, qui râlent contre le prix de l’essence, les gilets jaunes ont peu à peu adopté un discours « de classe ». Celui d’hommes et de femmes qui veulent vivre de leur travail et qui sont empêchés par d’un côté la faiblesse des salaires et des pensions de retraites qui ont elles diminué, et de l’autre la hausse des biens de consommation et des prélèvements obligatoires.

Très présent dans les territoires ruraux et périphériques de la métropole, ce mouvement dénonce en même temps le sentiment d’abandon de la part de l’Etat que peuvent vivre les habitants de ces territoires du médoc au blayais, du libournais au langonnais en passant par Castillon.

Les raisons profondes de ce mouvement sont les mêmes que celles qui ont poussé bon nombre de salariés dans la rue le 9 octobre dernier, les retraités depuis des mois, les fonctionnaires au printemps pour la hausse des salaires et des pensions de retraites, les hospitaliers et salariés des ephads, ils et elles veulent pouvoir vivre dignement. La hausse de la CSG est comme la taxe sur les carburants considérée comme profondément injuste socialement quand 300 000 familles les plus riches se voient exonérées de près de 5 milliards d’euros de l’Impôt sur la fortune.

Une conscience de classe qui s’éveille

La colère, notamment des territoires ruraux, vient en réponse à l’affaiblissement des services publics, l’Hopital, les gares et les trains, l’école, l’accès au droit pour les plus fragiles, la sécurité avec la baisse des effectifs de gendarmerie. Tout cela pèse depuis de trop nombreuses années avec l’austérité imposée après la crise de 2008.

Tout cela est aujourd’hui sorti, et ce mouvement multiforme ne s’arrêtera pas pour deux raisons.

La première est que pour beaucoup les conditions de vie se sont tellement dégradées qu’il n’est plus possible de continuer ainsi. La peur du déclassement est omni-présente.

La seconde est qu’avec l’instauration du prélèvement de l’impôt à la source en janvier, dans un contexte de non acceptation de taxes injustes, et la hausse des prix du gaz et de l’électricité en février, le sentiment d’injustice va encore s’accroître. Notamment en raison de l’exonération de l’ISF et de l’absence totale de mesures du pouvoir en place pour lutter contre l’évasion fiscale, et ce dans un contexte ou les entreprises du CAC40 vont encore battre des records de dividendes versés à leurs actionnaires.

Le gouvernement, le Président de la République, n’ont je crois pas pris la mesure du niveau de rejet de leur politique apparu et amplifié avec le mouvement des cheminots du printemps. Ils sont aujourd’hui détestés. Et la gestion de ce mouvement par le pouvoir en place aura été calamiteuse de bout en bout jusqu’à la visite sous les huées d’un air grave d’un des quartiers les plus riches du pays ce dimanche, de retour d’Argentine, alors que quelques jours avant, lorsqu’un immeuble d’habitation s’écroule à Marseille faisant 6 morts, personne ne s’est rendu sur place.

Pour sortir de la crise, il faut sortir de l’austérité

Pour sortir de cette crise il n’a donc pas d’autres solutions que de battre en retraite et renoncer à une hausse des taxes sur les carburants qui n’a rien d’écologique puisqu’elle finance la perte due aux exonérations de l’impôt sur la fortune et le CICE qui ne profite pas aux PME, PMI et TPE mais aux grands groupes qui ne paient pas l’impôt à la hauteur ou ils le devraient en France.

Il doit aussi prendre la mesure des conséquences des politiques d’austérité dans tout le pays. Cette politique maintient le pays dans la crise, il faut donc en changer. La hausse des salaires et pensions, la hausse du smic, le dégel du point d’indice des fonctionnaires sont maintenant des demandes fortes quand les entreprises du CAC 40 dégagent encore cette année presque 50 milliards de dividendes. On est au cœur de la contradiction Capital/travail et c’est bien le coût du Capital qui pèse sur le travail de millions d’hommes et de femmes. Il pèse sur le travail et sur la vie de millions de salariés, la diète imposée aux communes et territoires ruraux a également des conséquences.

Là encore, les élus locaux n’ont pas besoin qu’on leur explique mieux quoi faire, ou plutôt comment ne plus faire ce qu’ils faisaient. Ils ont besoin de moyens pour mettre en oeuvre des politiques qui répondent aux besoins. L’impôt local ne peut être le seul levier, la solidarité par l’impôt c’est aussi la redistribution par l’Etat en direction des territoires pauvres.

Samedi sera un nouveau jour de mobilisation et le même jour se tiendront les marches pour le climat. Une bonne occasion de démontrer que ce qui est en cause ce n’est pas la transition écologique. Les habitants des territoires ruraux en savent sans doute bien plus que quiconque sur la préservation de la nature, le maintien de circuits courts et d’une agriculture paysanne, la nécessité de vivre, travailler et de consommer sur place.

Convergence, unité populaire, rassemblement pour le progrès social et démocratique

Cette semaine au travail, dans le quartier, l’immeuble, le village, la discussion doit s’intensifier pour malgré les tentatives de pourrissement et la dérive sécuritaire dont ont été encore victimes les lycéens hier, le mouvement prenne encore de l’ampleur, pacifique, déterminé, pour le gel des taxes, la hausse des salaires et pensions, le rétablissement de l’ISF pour commencer et un changement profond de politique pour la satisfaction des besoins humains, l’Humain d’abord.

La Violence est d’abord sociale et politique

Ce qui s’est passé hier à Paris, dans une moindre mesure à Bordeaux est condamnable, inutile et stupide.
Le gouvernement utilise ces actes pour discréditer la colère légitime qui monte de partout. Il utilisera ces actes pour restreindre un peu plus les libertés publiques. Il joue la stratégie du pourrissement. Et on entend déjà les partisans de l’ordre établi réclamer des mesures policières et restrictives quand les réponses sont d’abord sociales et politiques.
Ce gouvernement, ce Président des riches est désormais discrédité, rejeté et détesté.

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Monsieur le Président, rendez nous notre pouvoir d’achat !

pétition du PCF pour le pouvoir d’achat : hausse du smic, des minima sociaux et des pensions, rétablissement de l’ISF et taxation des compagnies pétrolières et des entreprises du CAC40.

Pour nous l’addition est salée !

· Hausse de la CSG
· Baisse des APL
· Salaires et pensions bloqués
· Hausse des prix à la consommation (carburants, gaz, électricité, fioul…)
· Baisse de remboursements par la Sécurité sociale
· Hausse des cotisations de retraite
complémentaire

Et pendant de temps là :

Suppression de l’impôt sur la fortune (ISF)
· Crédits d’impôts pour les grandes entreprises (CICE)
· Baisse des taxes sur les dividendes
· Évasion fiscale (80 milliards d’€)…

Nous exigeons 5 mesures immédiates
· Hausse du SMIC de 260 € brut (200 € net),
augmentation des pensions et minima sociaux
· Égalité salariale femmes – hommes
· Suppression du CICE
· Rétablissement de l’ISF
· Taxer TOTAL et ses 10 milliards d’euros de profit annuel.

Je signe la pétition, à renvoyer à PCF, 15 rue Furtado, 33800 Bordeaux, ou par mail à gironde.pcf@gmail.com

à télécharger ici

2018-11-30 pétition pouvoir d’achat

 

exprimez vous, ici !

Congrès de la fédération de Gironde du PCF : interview

Mon interview dans les Nouvelles de Bordeaux, parue cette semaine à propos du congrès du PCF

La majorité des communistes en Gironde n’avait pas choisi la même base commune que celle qui a été adoptée nationalement. La conférence départementale du Parti communiste en Gironde s’est réunie le week-end dernier, dans quel climat s’est-elle déroulée ?

Notre conférence départementale s’est déroulée dans un excellent état d’esprit, sérieux et fraternel. Ce n’est pas évident de travailler sur un texte que l’on n’a pas choisi, c’est pourtant ce qu’ont fait les communistes girondins dans leurs assemblées de section. Il est donc normal que la commission du texte ait eu à traiter beaucoup d’amendements et que notre conférence en ait adopté plus d’une centaine.

Nous sortons d’une période douloureuse. Les communistes qui n’ont pas abandonné le terrain durant cette période, quels que soit leurs choix, veulent être entendus et contribuer à la formulation d’une offre politique nouvelle dans toutes ses dimensions.

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Congrès du PCF : la question centrale de la démocratie

Mon éditorial dans les Nouvelles de cette semaine :

La semaine dernière Patrick le Hyaric décrivait comment la parole réactionnaire gagne du terrain dans les consciences alors que la pauvreté s’enracine, que la « vieille peur de la misère » resurgit.

L’insécurité sociale, de vie, au travail, ne trouve aujourd’hui aucune réponse dans les politiques menées.

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Congrès du PCF, se réinventer pour réinventer la politique

Nous sommes à quelques jours du vote pour le choix de texte de base commune de notre congrès. Nos statuts prévoient la possibilité de présenter des textes alternatifs à la proposition adoptée par le CN. Il y a donc, 3 textes alternatifs en lice avec le projet de base commune adopté par le conseil national début juin.

De ce qui ressort des assemblées de sections auxquelles j’ai pu participer ou dont j’ai eu les compte-rendus, c’est d’abord une volonté de débattre et d’approfondir les questions qui nous sont posées qui est exprimée. La situation politique, l’état de notre Parti préoccupent. Il y a aussi de l’inquiétude, sur la forme que prennent nos débats durant cette phase qui clive forcément, sans approfondir collectivement les questions qui nous sont posées. De l’inquiétude de voir notre Parti divisé au sortir du congrès, de l’inquiétude enfin que rien ne change vraiment .

Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise.

C’est ma conviction. Il me semble qu’au delà des craintes exprimées à ce stade les communistes veulent tourner la page d’une période douloureuse et ouvrir une page nouvelle, celle d’un Parti Communiste dynamique, offensif, visible et utile au salariat et à la société toute entière.

Trois conditions à cela qui je crois sont très largement partagées : nous devons être résolument tourné vers l’action offensive de notre Parti et dans le même temps porter l’ambition de travailler à l’émergence de majorités nouvelles, et donc être rassembleurs. Il y a nécessité en faisant cela de réinventer la politique dans notre pays, la manière de faire de la politique, notre manière d’intervenir, d’agir et de penser les évolutions du monde quand dans tous les pans de la vie humaine le droit de décider, la démocratie est attaquée par le Capitalisme financiarisé qui la considère comme un obstacle à la satisfaction de ses intérêts immédiats.

Quatrième condition, c’est notre stratégie. Une stratégie politique ce n’est pas seulement la question des alliances et des élections, c’est un ensemble d’actions coordonnées pour atteindre un objectif. Partout est affirmé à juste titre que jamais comme aujourd’hui la question de ce que nous appelons communisme, c’est à dire le mouvement réel de dépassement du Capitalisme n’a non seulement été aussi clairement posé, mais rendu possible par les révolutions technologiques, cybernétiques et informationnelles.

ET dans le même temps, notre Parti, celui du dépassement du Capitalisme, est considérablement affaibli. S’attaque-t-on vraiment à cette contradiction ? Le choix de candidat à l’élection présidentielle, et les alliances électorales que nous avons faites expliquent-ils à eux seuls là ou nous en sommes ? N’avons nous qu’un problème de visibilité ? L’optimisme de la volonté suffit-il ?

Notre objectif doit donc bien être celui du dépassement des contradictions du Capitalisme et nous devons je crois fixer de manière résolue à l’échelle d’une vie humaine la transformation radicale de la société au travers d’un grand processus démocratique et révolutionnaire.

Alors que l’aspiration à “décider pour nous même” monte partout dans la société y compris au travail et dans l’entreprise, dans la ville, la question démocratique est l’angle mort de tous nos textes.

Or ce n’est pas seulement notre Parti qui traverse une crise, c’est la démocratie et la politique au sens large. Le Capitalisme broie tout et la démocratie est le dernier obstacle qu’il trouve face à lui pour soumettre les sociétés partout dans le monde à ses propres intérêts. Ce faisant il est engagé dans une fuite en avant qui va nous conduire, l’humanité toute entière, à des catastrophes. C’est un changement radical par rapport à la période de l’après-guerre qui a couru jusqu’au début des années 2000.

Le Capitalisme détourne l’aspiration à “décider pour nous même” par l’individualisme, la personnalisation de la politique, l’individualisation des parcours, des carrières, des contrats, des droits. L’action collective, la question des communs, l’idée de progrès de société, d’avancées sociales et démocratiques sont étouffés, bafoués, détournés ou combattus.

Un tournant stratégique

Je crois qu’un tournant stratégique décisif doit avoir l’ambition de réinventer la politique et donc la démocratie. Et nous devons le faire partout, au travail, dans la vie quotidienne, dans les luttes, sur les grands enjeux sociaux et environnementaux. Cette stratégie nouvelle fondée sur la démocratie doit reposer sur 3 piliers, 3 objectifs à court, moyen et long terme.

J’effectue un aparté avant de poursuivre, à propos de la façon dont on réfléchit. On ne peut imaginer de nouvelle stratégie si on se cantonne uniquement au constat d’échec de la stratégie passée en se disant qu’il aurait fallu faire mieux ou qu’il aurait fallu faire autrement. Une stratégie politique c’est d’abord une pédagogie de la victoire qui se tourne résolument vers l’avenir à partir du moment présent et l’analyse concrète de la situation concrète. Ce travail reste à faire, collectivement, mais une stratégie nouvelle pourrait reposer sur 3 grands principes.

Il s’agit donc de développer des luttes locales en se fixant un double objectif, de victoires, même partielles, même locales, et d’élévation du niveau de conscience du salariat.

Il s’agit ensuite de construire une alternative politique au libéralisme et à l’austérité en France et en Europe.

Il s’agit enfin de maintenir un haut niveau d’ambition pour inventer la société de demain. A ce propos, l’hypothèse d’une étape dite du socialisme, dans le processus d’avènement d’une société post-capitaliste me parait parfaitement obsolète. Elle est pourtant présente dans 2 textes alternatifs.

Je suis donc favorable à une campagne permanente sur le coût du Capital visant l’élévation du niveau de conscience du salariat. Elle doit pour être efficace être liée en permanence à des batailles locales sur l’emploi, les transports, la santé, le logement, l’éducation, le pouvoir des banques, notre conception de l’écologie.

Lancer de telles batailles avec des objectifs de victoires implique de revoir complètement notre conception même du rassemblement, des luttes, de l’action politique et même du fonctionnement de notre Parti dans toutes ses dimensions, de la structure de proximité au rôle de la direction nationale à l’aune de cette ambition.

Cela implique d’ouvrir, pour chaque bataille, chaque thème, des espaces de rassemblement et de co-élaboration citoyens pour l’action et de développer notre capacité d’initiative à tous les échelons de la société. Nous le faisons déjà, mais avons nous au moins une fois pris le temps d’analyser ce qui marche et ce qui ne marche pas, ne serait-ce qu’à partir de l’issue de la bataille menée ?

Aujourd’hui, la gauche, c’est à dire une perspective crédible de changement, de progrès sociaux, écologiques et démocratiques est exsangue. Nous devons réaffirmer la volonté de reconstruire une telle perspective, et cela ne peut se faire comme nous avons bâti l’union de la gauche ou encore le Front de gauche, c’est à dire à partir d’alliances privilégiées ou d’un cadre préconçu, délimité comme le propose le texte alternatif numéro 1. Cela n’a pas produit que des échecs et des reculs, loin s’en faut, mais la crise de la politique, de la gauche, impliquent de mettre chaque citoyen, chaque adhérent au cœur des processus de décision sans a priori sur les contours de rassemblements qui doivent trouver leur force dans l’engagement populaire et citoyen avant d’en déterminer la traduction par des alliances politiques entre organisations.

Je ne crois donc pas à la stratégie qui consisterait à créer d’emblée un cadre de rassemblement, privilégiant telle ou telle alliance, et ensuite d’appeler les citoyennes et les citoyens à le rejoindre comme le propose le texte alternatif numéro 1.

Sur ces points, unifier le salariat, élever le niveau de conscience, développer l’initiative communiste, travailler à l’émergence de rassemblements à vocation majoritaire, le texte de base commune du Conseil National s’il ne va pas suffisamment loin dans la formulation de propositions claires et nouvelles comporte des éléments d’analyse et d’approfondissement intéressants. Certains, beaucoup mêmes sont d’ailleurs repris et développés par les textes alternatifs.

Ma préoccupation première aujourd’hui, est que nous ayons le 6 octobre un texte sur lequel travailler collectivement pour le modifier et l’améliorer afin de sortir de notre congrès rassemblés sur des choix clairs. Pour cela il faut qu’enfin un grand nombre de communistes rentrent dans nos travaux de congrès.

De nombreux camarades énoncent les raisons pour lesquelles ils choisissent tel ou tel texte, ce sont d’ailleurs souvent les mêmes ressorts qui sont mis en avant pour des textes différents. On assiste en fait à une véritable campagne électorale interne, menée sur le net. Le débat contradictoire, la confrontation, la recherche de points d’accords, l’évolution de contenus attendront.

Mon choix de vote

J’ai lu attentivement les 3 textes alternatifs. Aucun ne me paraît pouvoir rassembler davantage que la proposition du CN, justement parce qu’elle permet aux partisans des autres textes de rester dans le débat de fond une fois le texte choisi. Mais ce sont les communistes qui en décideront.

2 d’entre eux développent des propositions qui me paraissent être des impasses sur le plan stratégiques. Soit en minimisant la teneur de nos désaccords avec LFI et en proposant une alliance privilégiée avec celle-ci et un cadre commun pour le texte alternatif numéro 1 soit en refusant toute stratégie de rassemblement pour le dernier texte.

Le texte alternatif numéro 2, celui dit du “manifeste”, comporte comme le texte adopté par le CN les trois piliers que j’énonçais : initiative communiste, rassemblement à vocation majoritaire, offensive politique pour le dépassement du Capitalisme mais il minimise quant à lui 3 questions majeures sur lesquelles nous devons faire des choix pour avancer. Ces points ne sont pourtant pas de l’ordre du détail, et je trouve le texte ambigu, rapidement et à grands traits :

-sur l’Europe, sortie ou réécriture des traités, pour refonder l’Europe il faut choisir à 6 mois de l’élection européenne. On ne peut pas se contenter de dire que nous ne sommes pas tous d’accord et qu’en attendant nous avançons telle ou telle proposition.

-sur la notion de dépassement, d’abolition du Capitalisme, quelle stratégie ? Processus démocratique continu ou étapes transitoires ? La notion d’étape du socialisme, avec les évolutions du monde, les enjeux planétaires tels qu’ils se posent aujourd’hui, l’évolution des capacité productives, d’information, d’échange et de communication de ce siècle, n’est-elle pas obsolète ?

Enfin sur la stratégie électorale, nous présenterons des candidats à toutes les élections affirme le texte numéro 2. A part l’élection présidentielle que règle-t-on en affirmant cela ? Et une fois cette question réglée, que fait-on des autres ? Quid justement de la question démocratique dans une Ve République en crise et encore plus autoritaire, quelles propositions pour réinventer la politique, comment combattons nous le présidentialisme, la place prépondérante de la présidentielle dans le scrutin législatif, la personnalisation de la vie politique, la délégation de pouvoir ?

 

Le texte adopté par le CN, est imparfait, et parfois même insuffisant, il ne tranche pas certaines questions essentielles, mais il est amendable, il peut et doit être profondément amélioré de manière à le rendre plus clair, plus lisible et plus offensif. C’est en tous cas ma conviction.

La question stratégique doit énoncer clairement quelles ruptures et quelles continuités nous voulons opérer dès la sortie de notre congrès à partir d’objectifs clairs :

Nous devons unifier et rassembler le salariat, élever son niveau de conscience et pour cela il y a besoin d’un Parti Communiste à l’offensive et visible.

Il y a besoin d’un Parti Communiste rassembleur qui travaille à l’émergence de majorités populaires et de majorités politiques pour le changement réel.

Tout cela est contenu dans la base commune adoptée par le Cn et dans le texte alternatif n°2. Selon moi, les deux doivent se nourrir mutuellement.

Pour atteindre ces objectifs, la question démocratique doit irriguer notre stratégie et les transformations de notre Parti, elle est centrale. Tout comme est décisif l’ouverture de perspectives de victoires à court, moyen et long terme.

J’ajoute que la forme du texte du Cn organisé en 48 thèses courtes articulées en 3 grandes parties, l’ouverture de fenêtres sur le bilan, la stratégie et le rôle des directions sont des avancées dans la façon dont nous pourrions mener nos débats pour la suite de ce congrès et à l’avenir.

Mon choix est donc fait, il n’est motivé ni par des craintes, ni par du ressentiment ou l’esprit de vengeance, je ne cède pas non plus au dégagisme qu’éveillent les affects quand ils prennent le pas sur l’analyse et la réflexion. Il est motivé par la conviction que nous pouvons sortir rassemblés sur des choix clairs qui ouvrent une page nouvelle pour la France, celle de l’invention d’un Parti communiste du XXIe siècle.

Mais il ne s’agit pas seulement de choisir un texte. Pour cela nous devons renouer le plus vite possible avec une conception dialectique de notre réflexion collective et renouer avec une culture du débat, de la confrontation exigeante et fraternelle. Force est de constater que la phase de choix de base commune avec des textes en concurrence ne permet pas cela. Nous devrons en tirer les conclusions qui s’imposent.

Cela étant quel que soit le texte adopté, je m’engagerai dans ce travail nécessaire de confrontation, d’approfondissement des questions qui nous sont posées. Cela peut paraître une évidence que de dire cela. Je trouve cependant qu’il est utile de le préciser.

Il y a urgence maintenant à ce que les communistes, dans leur grande diversité, s’emparent du débat en participant massivement aux assemblées des semaines qui viennent.

A propos de l’immigration et du débat à gauche

L’immigration est un sujet de discorde à gauche. L’interview de Djordje Kuzmanovic dans le Nouvel Obs, responsable de la France Insoumise sur les questions internationales a le mérite de poser les choses et permet de combattre plusieurs idées ou fausses vérités qui conduisent la France Insoumise, une partie de la gauche Allemande et d’autres forces populistes en Europe à avoir un discours anti-migratoire.

Tout d’abord et c’est à peu près le seul élément dans lequel je me reconnais. L’émigration est un drame pour les pays pauvres, une partie de sa jeunesse quitte le pays. Le Capitalisme et la recherche de profit, le pillage des matières premières, le poids d’une dette illégitime pèse sur des population entières dans le monde. Cela étant, elle est aujourd’hui un moyen de faire rentrer dans ces pays des devises, de l’argent qui fait fonctionner une partie de l’économie. Commencer par fermer les frontières, serait donc un drame dans leur pays et ne résoudrait aucune des questions posées.

Mais aussi en France, car l’immigration, les populations immigrées produisent de la richesse, vivent et consomment ici. L’immigration n’est pas un coût en soi, mais une richesse.

L’interview de M Kuzmanovic révèle à quel point ce positionnement politique repose sur au mieux des erreurs, au pire des mensonges.

Premier erreur je cite : « la bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires, qui risquent de s’accentuer encore du fait des catastrophes climatiques. » Il est donc dit que nous devrions fermer nos frontières aux réfugiés climatiques. Mais ne sont-ils pas les victimes d’un Capitalisme qui court à sa perte et détruit tant et plus au même titre que ceux qui fuient la guerre ? Qu’appelle-t-on bonne conscience ? Le discours qui consiste à dire que l’immigration n’est pas un problème ? Que travailleurs français et étrangers doivent avoir les mêmes droits ? Que la France s’est enrichie de ses migrations ?

deuxième erreur : »Plutôt que de répéter, naïvement, qu’il faut « accueillir tout le monde », il s’agit d’aller à l’encontre des politiques ultralibérales ». L’un n’empêche pas l’autre et si il y a en effet mise en concurrence des salariés à l’échelle d’un continent et même du monde, c’est bien la circulation des capitaux, les délocalisations, l’implantation de grandes firmes là ou la main d’oeuvre est la moins chère qui en est la cause. 1 million d’emplois industriels ont disparu en France depuis 2008, ou sont-ils passés ? L’immigration en est-elle la cause ? Non, évidemment.

Troisième erreur : « Mais, depuis 2012, avec l’accélération de la mondialisation, les inégalités s’accroissent et les dégâts environnementaux sont de plus en plus irréparables ; sans oublier l’explosion démographique. Cet ébranlement du monde jette les gens sur les routes et nous oblige à penser les choses différemment. »

Ainsi on aurait là la raison du tournant anti-migratoire de la FI, depuis 2012 on assisterait à une vague incontrôlée de migrants, une explosion démographique, du fait de la mondialisation… Faux, et dangereux. Le solde migratoire en France est inchangé depuis 20 ans, environ 100 000 personnes rentrent en France chaque année, on a même péniblement atteint 60 000 en 2017.

Quatrième erreur : Le grand défenseur de la sortie de l’UE dénonce ensuite les accords internationaux, on tombera d’accord avec lui sur cette question, la directive sur les travailleurs détachés notamment et dénonce que l’essentiel de l’immigration est intra-européenne. La question n’est donc pas de limiter l’immigration en attendant d’autres traités, mais de réécrire l’ensemble des traités d’austérité et de mise en concurrence des salariés dans l’UE. Au contraire d’une sortie des traités, pour limiter cette immigration ne faut-il pas chercher des convergences entre organisations syndicales et politiques partout en Europe pour hisser les droits et les salaires de l’ensemble des travailleurs vers le haut ?

Même Jaurès est appelé à la rescousse au travers d’un texte ou il dénonce le Capital qui fait venir en France des travailleurs étrangers pour les payer moins cher… en 1894.

Cette année là, comme dirait le chanteur, la France était une puissance coloniale, il n’y avait pas de salaire minimum, ni de droits universels comme la sécurité sociale, les congès, la retraite, seule la durée du temps de travail était réglementée à la journée, 10 heures. Cette année là, le train en était à ses premiers pas, la circulation des capitaux se faisait par valises ou coffres, les gens voyageaient par bateau, ou à cheval.

Je relis régulièrement la lettre de Jaurès aux enseignants, elle est incroyablement désuète car il insiste très lourdement sur l’apprentissage de la lecture. Et oui, en 1888 on parle d’instruction et pas d’éducation. Cela ne veut pas dire qu’il avait tort, même si cela est possible, mais cela confirme qu’il s’est passé plus d’un siècle depuis et que nous ne vivons plus dans la même société.

Je passe de plus sur la sortie de son contexte des mots de Thomas Sankara…

Une phrase est selon moi révélatrice de cette impasse politique, on l’interroge sur les « migrants » et les « réfugiés », autrement dit ceux qui partent pour des raisons dites économiques, et ceux qui fuient la guerre ou la prison, la mort. Sa réponse est magistrale « Oui. Cette distinction va être de plus en plus difficile à faire. » Ben oui mon colon, c’est bien pour cela que ce discours est inopérant et dangereux.

Enfin, le discours de Sahra Wagenknecht, dirigeante politique de gauche en Allemagne, qui justement dénonce l’immigration économique rejoignant la thèse qu’elle est la cause de la perte de droits sociaux, du chômage et de la baisse des salaires, est considéré comme étant de « salubrité publique ». Outre le caractère détestable de l’expression utilisée à cet endroit, c’est je crois une erreur que de penser que tenir ce discours fera reculer l’extrême droite. Pour les raisons que je viens de dire, c’est d’abord une erreur politique, économique que de croire qu’en limitant l’immigration, on va reconquérir des droits, gagner des hausses de salaire et faire reculer le chômage. Et puis, quel terrible sophisme de croire que dire ce que la droite, et parfois le parti socialiste a pu dire depuis 40 ans permettrait de reconquérir les classes populaires.

Mais au delà de cela, c’est méconnaître la crise structurelle que traverse le Capitalisme, c’est ignorer que sa phase avancée, financiariée, n’a que faire du développement des forces productives et de la société. C’est ne pas savoir ce que l’histoire nous apprend, l’Humanité toute entière est faite de vague migratoires, de déplacements, d’échanges, de mélanges et ce depuis que nous nous sommes dressés sur deux jambes. C’est ignorer les luttes, les combats du monde du travail, c’est sous estimer grandement l’actualité du combat de classe et les formidables richesses que certains accumulent, les formidables capacités de développement qui sont aujourd’hui celles de l’Humanité toute entière.

Pour toutes ces raisons, je préfererai toujours à ces turpitudes la conclusion du manifeste du Parti Communiste, écrit pourtant en 1848 :

Prolétaires de tous pays, unissez vous. Vous n’avez rien à perdre, à part vos chaînes.

sur ce lien Le manifeste pour une France hospitalière et fraternelle, une Europe solidaire, écrit par le PCF au printemps dernier

Le declic

La situation politique n’est plus la même qu’il y a quelques mois pour le Président de la République et son gouvernement. Les masques tombent. La politique qui est menée est d’une violence inouïe et appartient bel et bien au vieux monde d’avant la crise de 2008. Elle ne vise que la satisfaction des intérêts des plus riches. Ceux qui attendaient un tournant social risquent d’attendre longtemps. Ceux qui attendaient une politique qui relève le défi écologique et climatique également, tout comme ceux qui voyaient dans Emmanuel Macron le chantre d’une nouvelle manière de la politique.

C’est dans un entre soi de plus en plus restreint que les décisions sont prises. C’est un nouveau tour de vis austéritaire qui est promis et la révélation qu’avec une telle politique on ne peut sortir de la crise, on ne peut répondre à la souffrance et à l’urgence sociale, on ne peut engager la transition écologique. Cette politique s’accompagne de plus d’une manière de présider le pays autoritaire et violente. Elle s’accompagne d’une morgue et d’un mépris profond pour le peuple français tel qu’il est. Il s’agit bien d’une monarchie présidentielle avec sa cour, ses privilèges pour une infime minorité.

 

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Hulot, les gaulois, et le pays réel

Qui n’a jamais entendu que les français n’aimaient pas le changement, et notamment les catégories populaires, n’a jamais rencontré de patron, d’homme ou femme de droite, de libéraux. Cette phrase vient souvent avant ou après d’autres poncifs : on paie trop d’impôts, y’a trop d’étrangers, les gens n’aiment pas travailler, c’était mieux avant etc.

C’est une vieille antienne et ce qui n’est pas anodin c’est qu’un Président de la République parle aussi mal du peuple français depuis un autre pays et face à la presse nationale et internationale. A croire que dans la start-up nation, la com c’est secondaire.

Ce que révèle ces propos, c’est ce que nous savons déjà, un profond mépris du Président de la République pour le peuple français, le pays réel. Son entourage évoque une tentative d’humour. Et bien disons que Jean Roucas n’est pas complètement mort alors, ni Faisan. La tradition de l’humour réactionnaire et imbécile est perpétuée.

Ce faisant, le Président tente aussi de faire oublier la démission de Nicolas Hulot. Je le dis d’emblée, je n’ai pas une grande estime pour l’homme, mais il était la figure d’ouverture à la société civile, à l’aspiration profondément ancrée je crois dans le pays réel de vivre dans un environnement sain tout en préservant la planète, la biodiversité, et l’urgence de lutter contre le réchauffement climatique.

Ce qu’il dit est terrible, sur la gouvernance et la façon dont les politiques se décident au sommet de l’Etat. Et si même un homme comme lui réalise que le libéralisme et l’austérité sont incompatibles avec la transition écologique, cela doit pousser tous ceux qui combattent cette politique à plus d’audace et à engager les combats qui sont les nôtres de manière beaucoup offensive.

Car si le Capitalisme nous conduit à des catastrophes, si cette prise de conscience grandit partout dans le monde et dans la société française, cela ne fait pas du changement profond de société un évidence qu’il faudrait attendre patiemment tandis que la situationde millions de personnes se dégrade. La construction d’une alternative est en revanche à l’ordre du jour car aujourd’hui elle manque cruellement à toutes celles et ceux qui sont en colère, subissent ou s’opposent.

Francis Wurtz, ancien député européen a fait le choix salutaire selon moi il y a quelques jours d’écrire une chronique révélant 10 bonnes nouvelles pour l’humanité partout dans le monde. Et si, le progrès, les avancées étaient plus rassembleuses que la colère et la contestation ?

Nous ne devons pas renoncer à saisir toute la complexité du monde qui nous entoure et à une démarche dialectique en toute circonstance. Car des révolutions sont en cours, la grande aspiration à la fraternité humaine, à l’égalité, à vivre dans un environnement sain respectueux de la nature, l’aspiration au progrès, à la justice, à la paix, tout cela continue de vivre dans une société déchirée, rongée par les dominations et l’exploitation capitaliste dont la financiarisation de l’économie en est la phase avancée.

La vacuité des propos du Président nous tirent vers le bas. Céder aux idées dominantes nous tire vers le bas. Subir des défaites sociales et politiques nous tire vers le bas et des renoncements mortifères.

Il y a donc urgence à saisir aussi les avancées, les tentatives de trouver de nouveaux modes de développement, d’échanges. Il y a urgence aussi à analyser les mouvements de citoyens, les mobilisations, même locales qui existent et qui affrontent les logiques libérales, la recentralisation des pouvoirs et l’austérité budgétaire.

Car c’est dans la réalité quotidienne qu vit le peuple français qu’existent les leviers pour d’autres choix. Il y a donc lieu de faire connaître ces tentatives, ces avancées et ces petites victoires.

La victoire des salariés d’Intermarché face à un referendum d’entreprise inique, ce que font de nombreuses communes pour la rentrée scolaire, les conditions d’accueil des enfants, la lutte des femmes de Bègles contre les marchands de sommeil et la préfecture, la bataille pour que l’Hopital Public remplisse sa mission, la lutte des cheminots, des électriciens, des salariés de Ford, ces agriculteurs qui renoncent au glyphosate et s’engagent vers un nouveau type de production, et tant d’autres choses…