LA semaine passée a vu émerger deux conflits importants, celui des cheminots pour la défense et le développement du service public ferroviaire, celui des salariés de Ford pour le maintien de leur emploi et le développement de l’activité industrielle sur le site de Blanquefort en Gironde.

Solidaire des cheminots, engagé pour le service public ferroviaire

Ils n’y vont pas de main morte. La violence sociale des mesures annoncées par ce gouvernement sur les questions de l’hôpital et de la SNCF n’a d’égal que la brutalité avec laquelle ils matraquent dans les médias dominants leur catéchisme ultra-libéral et austéritaire. La lutte qu’engagent les cheminots dans ce contexte pour le service public du transport ferré est essentielle à plus d’un titre.

Le développement du transport ferré de voyageurs, celui du frêt ferroviaire sont essentiels pour relever les défis sociaux, d’aménagement du territoire, de réponse aux besoins, et environnementaux. Les logiques libérales à l’oeuvre depuis de nombreuses années conduisent à la situation suivante. Une entreprise qui dégage cette année des marges bénéficiaires importantes (1,7 milliard) et qui dans le même temps éponge une dette qui engraisse le secteur bancaire (près de 50 milliards). C’est dire si le morceau est de choix, et que la sphère capitaliste lorgne sur ce gros gâteau. L’Allemagne avait effacé la dette de la Deutsch Ban, dès 1994, ce qui avait permis à la compagnie d’investir à nouveau et en fait un des plus puissants groupe en Europe.

Dans le même temps la politique de l’entreprise, et celle de l’Etat, est de laisser se dégrader le réseau et notamment les lignes et les trains du quotidien, jugés non rentables, en raison justement de ce manque d’investissements. Rien n’est fait par ailleurs pour sortir les camions de nos routes et acheminer les marchandises par le train.

Pour masquer cette réalité, la nécessité de répondre aux besoins en terme de mobilité, le gouvernement envoie l’artillerie lourde pour marteler 2 idées, 2 mensonges. Les cheminots coûtent cher et c’est à cause de leur statut que l’entreprise est en difficulté, premier mensonge.

Second mensonge, ceux qui se mettent en lutte sont des défenseurs du statu Quo.

Nous sommes nombreux à dire qu’on ne peut plus continuer dans cette logique. La logique libérale n’est pas compatible avec le développement d’un grand service public pour répondre aux besoins. Ce qui est vrai pour l’école, la santé, l’énergie, la Poste, l’est aussi pour la SNCF. C’est la contradiction majeure de cette politique, elle ne répond pas aux besoins, elle satisfait les appétits des grands groupes financiers.

LE 22 mars prochain, les cheminots organisent à Paris une grande manifestation pour résister aux attaques du gouvernement contre le service public ferroviaire. Ce même jour, les fonctionnaires seront en grève pour protester contre une politique d’austérité qui conduit à la dégradation de l’ensemble des services publics. La mobilisation des uns et des autres peut permettre de desserrer l’eteau dans lequel se trouve aujourd’hui le monde du travail.

Nous organisions vendredi soir à Libourne un débat autour de cette question du service public du transport de voyageurs. Il y a avait donc dans la salle cheminots, usagers de 4 lignes différentes, élus, et citoyens. C’est de ce type de réunion qui permettent de converger dont nous avons besoin.

Ford : une lutte emblématique

Mardi dernier, la direction de Ford annonçait la fin des investissements de la firme américaine sur le site de Blanquefort. La nouvelle se voulait être un coup de massue pour étouffer dans l’oeuf tout mouvement contestant ce choix désastreux pour l’industrie en gironde et en France. 1000 emplois directs sont menacés, un savoir faire présent en gironde depuis plus de 40 ans.

Reçus vendredi par Bruno Lemaire, les représentant des salariés apprenaient que Ford Europe cherchait d’ores et déjà un repreneur. Envolés les 45 millions d’euros de subventions publiques, les près de 8 millions de CICE perçus dont 3,7 en 2017. L’entreprise en recevant 15 millions des collectivités girondines, autant de la région et de l’Etat s’était engagé à maintenir l’emploi sur le site jusqu’en juin 2018.

Cela fait pourtant des années que les salariés, les citoyens du comité de défense, les organisations politiques et syndicales travaillent à un projet de reconversion du site autour de la voiture électrique. Quel rôle joue l’Etat stratège dans ces projets de développement industriel souvieux de répondre aux besoins humains et aux enjeux environnementaux ? On est en droit de se poser la question.

Quels droits ont les salariés, qui connaissent leur outil de travail, et qui produisent les richesses, ont-ils face aux courtes vues patronales et actionnariales ? Trop peu.

Cela fait des années qu’ils ne sont pas écoutés, ni par l’entreprise, ni par les pouvoirs publics. Si la nouvelle était prévisible, elle était tout autant évitable.

On voit bien que le dogme économique qui sévit en Europe et en France est incapable de relever les grands défis qui se posent aujourd’hui. Les logiques de rentabilité à court terme plombent l’investissement et le développement économique. Le CICE, non seulement ne permet pas de maintenir ou de développer l’emploi mais en fait il en détruit.

Comment une entreprise qui dégage plus de 7 milliards d’excédent, dans un contexte ou le marché européen de vente de voiture progresse de 3,5% peut-elle invoquer la non rentabilité d’un site à court ou moyen terme ? Surtout quand il est envisagé que cette hausse se poursuive en 2018 de 3,5% également. Pour la première fois en 2017 le nombre de voitures Diesel est en dessous du seuil symbolique des 50%, et les voitures électriques ou hybrides progressent de 1à 3%. Il y a donc lieu d’explorer toutes les pistes permettant de maintenir une activité sur le site, et de développer un projet industriel répondant aux besoins et aspiration qui se font jour autour de la voiture « electrique ».

L’heure est donc à la mobilisation, au travail et au débat, à l’exploration de toutes les pistes pour contraindre Ford de développer une activité industrielle perenne à Blanquefort.

Pour Ford comme pour la SNCF, il s’agit, au delà de la dénonciation de cette politique, de développer un mouvement pour la réponse aux besoins des populations, pour relever les grands défis qui se posent à nous et auxquels le Capitalisme, et notamment sa phase avancée et financiarisée, s’avère incapable d’apporter des réponses d’avenir. Il s’agit donc de travailler à des propositions en rupture avec les dogmes liberaux qui conduisent la France à sa désindustrialisation et au démantèlement de ses services publics.