Mon interview dans les Nouvelles de Bordeaux, parue cette semaine à propos du congrès du PCF

La majorité des communistes en Gironde n’avait pas choisi la même base commune que celle qui a été adoptée nationalement. La conférence départementale du Parti communiste en Gironde s’est réunie le week-end dernier, dans quel climat s’est-elle déroulée ?

Notre conférence départementale s’est déroulée dans un excellent état d’esprit, sérieux et fraternel. Ce n’est pas évident de travailler sur un texte que l’on n’a pas choisi, c’est pourtant ce qu’ont fait les communistes girondins dans leurs assemblées de section. Il est donc normal que la commission du texte ait eu à traiter beaucoup d’amendements et que notre conférence en ait adopté plus d’une centaine.

Nous sortons d’une période douloureuse. Les communistes qui n’ont pas abandonné le terrain durant cette période, quels que soit leurs choix, veulent être entendus et contribuer à la formulation d’une offre politique nouvelle dans toutes ses dimensions.

 

Quels thèmes, propositions ou amendements ont fait le plus débat ?

Le bilan et la stratégie nous ont occupé sur deux séances. Nous avions choisi de prendre le temps du débat sur ces questions, puis d’aborder le travail d’amendements.

Sur le bilan, il y avait lieu d’engager un débat contradictoire sur les causes de l’échec de notre stratégie, contradictoire et pas binaire, c’est je crois ce que nous sommes parvenus à faire. Le texte étant à l’origine un texte alternatif, il est normal qu’il traite le bilan en pointant les désaccords sur les choix stratégiques que nous avons faits. Mais ces choix ont été faits dans un contexte politique mouvant et incertain. S’il y a des causes internes à notre affaiblissement, il y a également besoin de les apprécier dans leur contexte national et international.

Sur la stratégie le débat a surtout tourné autour de la question du rassemblement, thème que dépasse largement la question de nos alliances électorales. Quels rassemblements populaires, quelles initiatives de notre part pour faire émerger une alternative au libéralisme et à l’austérité ? Quels gestes et quel rôle du parti pour rassembler le salariat dans toute sa diversité autour d’aspirations et de propositions qui y répondent ?

Nous avons je crois enrichi le texte de ce point de vue.

La question de l’Europe et de nos axes de campagne a aussi été un moment d’échanges.

Les communistes veulent des axes de campagne clairs et offensifs pour la refondation de l’union. La campagne que mène Ian Brossat est d’ailleurs très appréciée.

Notre rapport avec les forces se réclamant du marxisme et celles de transformation sociale partout dans le monde, la question de la paix et du désarmement, celles des transformations de notre Parti ont également été des temps d’échange importants.

Les communistes s’emparent des questions écologiques, à leur manière, à partir d’une vision de classe de ces enjeux : sortir de l’ère carbonée, interrogation sur le nucléaire et maitrise publique de la filière energétique, modes de déplacements, preservation de la nature et de notre écosystème, bien se nourrir. Nous devrons je crois approfondir le débat sur ces questions.

 

Quels ont été les temps forts ?

Nous avions réservé un temps dimanche matin pour aborder les luttes locales qui sont aujourd’hui menées par les communistes et la façon dont nous pourrions en faire des batailles départementales. Comment poursuivre la bataille du rail, celle de la défense et du développement de l’Hopital et de l’accès aux soins, la question du logement et des migrants, enfin celles du droit à la ville et des pouvoirs dans la cité avec la lutte des bordelaises et des bordelais sur le stationnement.

Il en ressort d’abord autour du rail et de l’hopital des luttes potentielles porteuses de sens, une réflexion sur le rôle que nous avons à jouer pour faire grandir ces batailles. Il ressort aussi que les communistes mènent et participent à des luttes partout sur le territoire.

Nous avons, je crois pour la première foisdepuis longtemps, pris le temps d’aborder la question financière. Depuis deux ans le débat s’est ouvert au regard de nos difficiultés. Cette année pour la première fois nous sommes en mesure de terminer l’année avec des comptes à l’équilibre. C’est le fruit d’un travail collectif, de choix décidés collectivement de réduction de nos dépenses sans en rabaisser sur l’ambition politique et notamment sur la nécessité de permettre l’initiative communiste partout dans le département.

Notre trois initiatives fédérales auxquelles s’est rajouté le marché solidaire de Noel qui aura lieu les 7 et 8 décembre, sont cette année équilibrées. C’est là encore le résultat d’une réflexion collective avec les sections.

Nous avons pris la décision de créer un collectif d’animation de la bataille financière. La bataille autour de la cotisation, de la souscription, mais également autour d’initiatives nous permettant de mettre en oeuvre nos choix est de mon point de vue essentielle si nous voulons engager une dynamique nouvelle.

 

Tu as était une nouvelle fois élu dans tes fonctions de secrétaire départemental, quelles sont tes ambitions pour la fédération du PCF dans les 2 prochaines années ?

Les communistes veulent un parti qui ne soit seulement celui de la parole communiste ou du temoignage, mais bien le parti de l’initiative communiste dans la société.

Je vois 4 chantiers importants pour les deux années qui viennent :

d’abord nous renforcer et notamment faire prendre parti à des jeunes, des salariés, des militantes et militants syndicaux et associatifs. Nous devons tourner nos efforts vers le renforcement et proposer l’adhésion de manière beaucoup offensive.

Il est aussi nécessaire que nous fassions un état des lieux de la structuration du parti dans le département. Et que nous nous fixions des objectifs de relance de l’initiative communiste, d’animation des sections.

Il nous faut également trouver les gestes collectifs pour permettre a des camarades en activité, notamment les femmes, de prendre toute leur place dans le parti et en particulier d’accéder à des responsabilités d’animation. C’est vrai dans la direction fédérale, mais aussi au niveau des collectifs d’animation des sections, des commissions thématiques et de nos structures de proximité.

Enfin, nous voulons relancer l’activité des communistes à l’entreprise. La section des cheminots a pu ces derniers mois faire des adhésions, à la faveur du mouvement du printemps et du rôle qu’a pu jouer le parti et ses élus dans le soutien au mouvement.

Dans d’autres secteurs il s’agit de réflechir aux formes d’organisation des communistes pour l’intervention du parti sur les lieux de travail. C’est le cas dans le secteur de l’energie, le secteur hospitalier, sur des bassins d’emploi comme à Meriadeck, dans certains domaines de la fonction publique comme l’éducation, mais aussi dans l’industrie. Partout.

 

Avec quel mandat, la délégation de la Gironde se rendra au congrès national ?

La délégation girondine est je crois représentative de la diversité du Parti dans le département dans toutes ses dimensions. Elle s’est nourrie durant le week-end de la réflexion collective. Le texte de base commune a d’ailleurs été adopté une fois amendé et enrichi par une large majorité, plus de 60%.

Au delà de nos choix, la question de la direction nationale, son role et sa composition sera un sujet important. Chacun voit bien les dangers d’un débat sur les personnes, d’autant plus s’il est découpé de la question essentielle : quelle direction pour mettre en oeuvre ces choix. Il y a une exigence forte de parvenir à une direction rassemblée, comme nous avons su le faire en gironde, en capacité de jouer pleinement son rôle. Il y a enfin une aspiration au renouvellement, sans couper des têtes, sans dégagisme, mais avec l’envie de voir émerger des visages nouveaux.