Nous sommes à quelques jours du vote pour le choix de texte de base commune de notre congrès. Nos statuts prévoient la possibilité de présenter des textes alternatifs à la proposition adoptée par le CN. Il y a donc, 3 textes alternatifs en lice avec le projet de base commune adopté par le conseil national début juin.

De ce qui ressort des assemblées de sections auxquelles j’ai pu participer ou dont j’ai eu les compte-rendus, c’est d’abord une volonté de débattre et d’approfondir les questions qui nous sont posées qui est exprimée. La situation politique, l’état de notre Parti préoccupent. Il y a aussi de l’inquiétude, sur la forme que prennent nos débats durant cette phase qui clive forcément, sans approfondir collectivement les questions qui nous sont posées. De l’inquiétude de voir notre Parti divisé au sortir du congrès, de l’inquiétude enfin que rien ne change vraiment .

Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise.

C’est ma conviction. Il me semble qu’au delà des craintes exprimées à ce stade les communistes veulent tourner la page d’une période douloureuse et ouvrir une page nouvelle, celle d’un Parti Communiste dynamique, offensif, visible et utile au salariat et à la société toute entière.

Trois conditions à cela qui je crois sont très largement partagées : nous devons être résolument tourné vers l’action offensive de notre Parti et dans le même temps porter l’ambition de travailler à l’émergence de majorités nouvelles, et donc être rassembleurs. Il y a nécessité en faisant cela de réinventer la politique dans notre pays, la manière de faire de la politique, notre manière d’intervenir, d’agir et de penser les évolutions du monde quand dans tous les pans de la vie humaine le droit de décider, la démocratie est attaquée par le Capitalisme financiarisé qui la considère comme un obstacle à la satisfaction de ses intérêts immédiats.

Quatrième condition, c’est notre stratégie. Une stratégie politique ce n’est pas seulement la question des alliances et des élections, c’est un ensemble d’actions coordonnées pour atteindre un objectif. Partout est affirmé à juste titre que jamais comme aujourd’hui la question de ce que nous appelons communisme, c’est à dire le mouvement réel de dépassement du Capitalisme n’a non seulement été aussi clairement posé, mais rendu possible par les révolutions technologiques, cybernétiques et informationnelles.

ET dans le même temps, notre Parti, celui du dépassement du Capitalisme, est considérablement affaibli. S’attaque-t-on vraiment à cette contradiction ? Le choix de candidat à l’élection présidentielle, et les alliances électorales que nous avons faites expliquent-ils à eux seuls là ou nous en sommes ? N’avons nous qu’un problème de visibilité ? L’optimisme de la volonté suffit-il ?

Notre objectif doit donc bien être celui du dépassement des contradictions du Capitalisme et nous devons je crois fixer de manière résolue à l’échelle d’une vie humaine la transformation radicale de la société au travers d’un grand processus démocratique et révolutionnaire.

Alors que l’aspiration à “décider pour nous même” monte partout dans la société y compris au travail et dans l’entreprise, dans la ville, la question démocratique est l’angle mort de tous nos textes.

Or ce n’est pas seulement notre Parti qui traverse une crise, c’est la démocratie et la politique au sens large. Le Capitalisme broie tout et la démocratie est le dernier obstacle qu’il trouve face à lui pour soumettre les sociétés partout dans le monde à ses propres intérêts. Ce faisant il est engagé dans une fuite en avant qui va nous conduire, l’humanité toute entière, à des catastrophes. C’est un changement radical par rapport à la période de l’après-guerre qui a couru jusqu’au début des années 2000.

Le Capitalisme détourne l’aspiration à “décider pour nous même” par l’individualisme, la personnalisation de la politique, l’individualisation des parcours, des carrières, des contrats, des droits. L’action collective, la question des communs, l’idée de progrès de société, d’avancées sociales et démocratiques sont étouffés, bafoués, détournés ou combattus.

Un tournant stratégique

Je crois qu’un tournant stratégique décisif doit avoir l’ambition de réinventer la politique et donc la démocratie. Et nous devons le faire partout, au travail, dans la vie quotidienne, dans les luttes, sur les grands enjeux sociaux et environnementaux. Cette stratégie nouvelle fondée sur la démocratie doit reposer sur 3 piliers, 3 objectifs à court, moyen et long terme.

J’effectue un aparté avant de poursuivre, à propos de la façon dont on réfléchit. On ne peut imaginer de nouvelle stratégie si on se cantonne uniquement au constat d’échec de la stratégie passée en se disant qu’il aurait fallu faire mieux ou qu’il aurait fallu faire autrement. Une stratégie politique c’est d’abord une pédagogie de la victoire qui se tourne résolument vers l’avenir à partir du moment présent et l’analyse concrète de la situation concrète. Ce travail reste à faire, collectivement, mais une stratégie nouvelle pourrait reposer sur 3 grands principes.

Il s’agit donc de développer des luttes locales en se fixant un double objectif, de victoires, même partielles, même locales, et d’élévation du niveau de conscience du salariat.

Il s’agit ensuite de construire une alternative politique au libéralisme et à l’austérité en France et en Europe.

Il s’agit enfin de maintenir un haut niveau d’ambition pour inventer la société de demain. A ce propos, l’hypothèse d’une étape dite du socialisme, dans le processus d’avènement d’une société post-capitaliste me parait parfaitement obsolète. Elle est pourtant présente dans 2 textes alternatifs.

Je suis donc favorable à une campagne permanente sur le coût du Capital visant l’élévation du niveau de conscience du salariat. Elle doit pour être efficace être liée en permanence à des batailles locales sur l’emploi, les transports, la santé, le logement, l’éducation, le pouvoir des banques, notre conception de l’écologie.

Lancer de telles batailles avec des objectifs de victoires implique de revoir complètement notre conception même du rassemblement, des luttes, de l’action politique et même du fonctionnement de notre Parti dans toutes ses dimensions, de la structure de proximité au rôle de la direction nationale à l’aune de cette ambition.

Cela implique d’ouvrir, pour chaque bataille, chaque thème, des espaces de rassemblement et de co-élaboration citoyens pour l’action et de développer notre capacité d’initiative à tous les échelons de la société. Nous le faisons déjà, mais avons nous au moins une fois pris le temps d’analyser ce qui marche et ce qui ne marche pas, ne serait-ce qu’à partir de l’issue de la bataille menée ?

Aujourd’hui, la gauche, c’est à dire une perspective crédible de changement, de progrès sociaux, écologiques et démocratiques est exsangue. Nous devons réaffirmer la volonté de reconstruire une telle perspective, et cela ne peut se faire comme nous avons bâti l’union de la gauche ou encore le Front de gauche, c’est à dire à partir d’alliances privilégiées ou d’un cadre préconçu, délimité comme le propose le texte alternatif numéro 1. Cela n’a pas produit que des échecs et des reculs, loin s’en faut, mais la crise de la politique, de la gauche, impliquent de mettre chaque citoyen, chaque adhérent au cœur des processus de décision sans a priori sur les contours de rassemblements qui doivent trouver leur force dans l’engagement populaire et citoyen avant d’en déterminer la traduction par des alliances politiques entre organisations.

Je ne crois donc pas à la stratégie qui consisterait à créer d’emblée un cadre de rassemblement, privilégiant telle ou telle alliance, et ensuite d’appeler les citoyennes et les citoyens à le rejoindre comme le propose le texte alternatif numéro 1.

Sur ces points, unifier le salariat, élever le niveau de conscience, développer l’initiative communiste, travailler à l’émergence de rassemblements à vocation majoritaire, le texte de base commune du Conseil National s’il ne va pas suffisamment loin dans la formulation de propositions claires et nouvelles comporte des éléments d’analyse et d’approfondissement intéressants. Certains, beaucoup mêmes sont d’ailleurs repris et développés par les textes alternatifs.

Ma préoccupation première aujourd’hui, est que nous ayons le 6 octobre un texte sur lequel travailler collectivement pour le modifier et l’améliorer afin de sortir de notre congrès rassemblés sur des choix clairs. Pour cela il faut qu’enfin un grand nombre de communistes rentrent dans nos travaux de congrès.

De nombreux camarades énoncent les raisons pour lesquelles ils choisissent tel ou tel texte, ce sont d’ailleurs souvent les mêmes ressorts qui sont mis en avant pour des textes différents. On assiste en fait à une véritable campagne électorale interne, menée sur le net. Le débat contradictoire, la confrontation, la recherche de points d’accords, l’évolution de contenus attendront.

Mon choix de vote

J’ai lu attentivement les 3 textes alternatifs. Aucun ne me paraît pouvoir rassembler davantage que la proposition du CN, justement parce qu’elle permet aux partisans des autres textes de rester dans le débat de fond une fois le texte choisi. Mais ce sont les communistes qui en décideront.

2 d’entre eux développent des propositions qui me paraissent être des impasses sur le plan stratégiques. Soit en minimisant la teneur de nos désaccords avec LFI et en proposant une alliance privilégiée avec celle-ci et un cadre commun pour le texte alternatif numéro 1 soit en refusant toute stratégie de rassemblement pour le dernier texte.

Le texte alternatif numéro 2, celui dit du “manifeste”, comporte comme le texte adopté par le CN les trois piliers que j’énonçais : initiative communiste, rassemblement à vocation majoritaire, offensive politique pour le dépassement du Capitalisme mais il minimise quant à lui 3 questions majeures sur lesquelles nous devons faire des choix pour avancer. Ces points ne sont pourtant pas de l’ordre du détail, et je trouve le texte ambigu, rapidement et à grands traits :

-sur l’Europe, sortie ou réécriture des traités, pour refonder l’Europe il faut choisir à 6 mois de l’élection européenne. On ne peut pas se contenter de dire que nous ne sommes pas tous d’accord et qu’en attendant nous avançons telle ou telle proposition.

-sur la notion de dépassement, d’abolition du Capitalisme, quelle stratégie ? Processus démocratique continu ou étapes transitoires ? La notion d’étape du socialisme, avec les évolutions du monde, les enjeux planétaires tels qu’ils se posent aujourd’hui, l’évolution des capacité productives, d’information, d’échange et de communication de ce siècle, n’est-elle pas obsolète ?

Enfin sur la stratégie électorale, nous présenterons des candidats à toutes les élections affirme le texte numéro 2. A part l’élection présidentielle que règle-t-on en affirmant cela ? Et une fois cette question réglée, que fait-on des autres ? Quid justement de la question démocratique dans une Ve République en crise et encore plus autoritaire, quelles propositions pour réinventer la politique, comment combattons nous le présidentialisme, la place prépondérante de la présidentielle dans le scrutin législatif, la personnalisation de la vie politique, la délégation de pouvoir ?

 

Le texte adopté par le CN, est imparfait, et parfois même insuffisant, il ne tranche pas certaines questions essentielles, mais il est amendable, il peut et doit être profondément amélioré de manière à le rendre plus clair, plus lisible et plus offensif. C’est en tous cas ma conviction.

La question stratégique doit énoncer clairement quelles ruptures et quelles continuités nous voulons opérer dès la sortie de notre congrès à partir d’objectifs clairs :

Nous devons unifier et rassembler le salariat, élever son niveau de conscience et pour cela il y a besoin d’un Parti Communiste à l’offensive et visible.

Il y a besoin d’un Parti Communiste rassembleur qui travaille à l’émergence de majorités populaires et de majorités politiques pour le changement réel.

Tout cela est contenu dans la base commune adoptée par le Cn et dans le texte alternatif n°2. Selon moi, les deux doivent se nourrir mutuellement.

Pour atteindre ces objectifs, la question démocratique doit irriguer notre stratégie et les transformations de notre Parti, elle est centrale. Tout comme est décisif l’ouverture de perspectives de victoires à court, moyen et long terme.

J’ajoute que la forme du texte du Cn organisé en 48 thèses courtes articulées en 3 grandes parties, l’ouverture de fenêtres sur le bilan, la stratégie et le rôle des directions sont des avancées dans la façon dont nous pourrions mener nos débats pour la suite de ce congrès et à l’avenir.

Mon choix est donc fait, il n’est motivé ni par des craintes, ni par du ressentiment ou l’esprit de vengeance, je ne cède pas non plus au dégagisme qu’éveillent les affects quand ils prennent le pas sur l’analyse et la réflexion. Il est motivé par la conviction que nous pouvons sortir rassemblés sur des choix clairs qui ouvrent une page nouvelle pour la France, celle de l’invention d’un Parti communiste du XXIe siècle.

Mais il ne s’agit pas seulement de choisir un texte. Pour cela nous devons renouer le plus vite possible avec une conception dialectique de notre réflexion collective et renouer avec une culture du débat, de la confrontation exigeante et fraternelle. Force est de constater que la phase de choix de base commune avec des textes en concurrence ne permet pas cela. Nous devrons en tirer les conclusions qui s’imposent.

Cela étant quel que soit le texte adopté, je m’engagerai dans ce travail nécessaire de confrontation, d’approfondissement des questions qui nous sont posées. Cela peut paraître une évidence que de dire cela. Je trouve cependant qu’il est utile de le préciser.

Il y a urgence maintenant à ce que les communistes, dans leur grande diversité, s’emparent du débat en participant massivement aux assemblées des semaines qui viennent.