peuple-de-gauche-1748x984J’ai participé ce mercredi à un débat à Libourne sur les ordonnances Macron et le mouvement contre la loi travail XXL. Plusieurs questions se posent aujourd’hui pour riposter efficacement contre ce projet de casse des droits des salariés dans l’entreprise.

La première question est de savoir de quoi ces ordonnances sont-elles le nom ?

L’objectif affiché de réduire le chômage ne sera pas atteint, tout simplement parce que là n’est pas le but du gouvernement.

Le patronat français n’a jamais digéré le fait qu’au sortir de la seconde guerre mondiale, du fait de sa compromission avec les nazis il n’était pas en position pour empêcher qu’une part des richesses produites par les salariés lui échappent et soient reversées de manière indirecte pour le progrès et le bien de la société toute entière. C’est la création de la sécurité sociale, de sa branche maladie, des allocations chômage et des pensions de retraite.

Ce qui est recherché aujourd’hui est à un double niveau. Le Capital en crise doit accroître l’accumulation de richesses et pour se faire il entend prendre tout ce qui dans tous les domaines de l’activité humaine lui échappe. C’est la baisse des pensions de retraites, l’allongement de la durée de cotisation, c’est la mise en péril de l’assurance maladie et la remise en question des allocations chômage. Mais c’est aussi la diminution des moyens pour les services publics, la fin de l’école pour tous, les baisses de dotations aux collectivités. la grève unitaire du 10 octobre dans la fonction publique, et les deux journées d’action contre les ordonnances, celle des retraités contre la hausse de la CSG, luttent contre les mêmes logiques ultra-libérales.

Toutes ces « économies » financent le CICE, les baisses d’impôts pour les plus riches, l’évasion fiscale continue à grand train (près de 80 milliards) et les entreprises du CAC40 ont dégagé au premier semestre plus de 50 milliards de bénéfices, un record d’Europe !

C’est l’objectif du projet de budget 2018, faire payer les pauvres pour que les riches s’enrichissent toujours plus. 12.6 milliards pour les plus riches et les grandes sociétés dont 3 avec la fin de l’impôt sur la fortune.

Et puis, le travail est considéré comme un marché, et les salariés comme des marchandises. J’ai du capital, j’achète de la force de travail, et je revends plus cher le fruit du travail effectué, que ce soient des objets, des concepts ou des brevets. Au delà de son caractère scandaleux, c’est une aberration économique. Tout simplement parce que quand on « achète du temps de travail », on paye un salarié, qui a des besoins, qui est formé, qui se soigne, qui se nourrit, un salarié qui a des relations sociales, une famille, des amis, des voisins et qui vit dans une société complexe, ou il passe tour à tour de travailleur/producteur de richesse, à consommateur, citoyen, qu’il exerce dans cette société une foule d’activités indépendantes de sa qualité de travailleur, et de sa place dans l’appareil productif.

Mais pour accroître les bénéfices, et maintenir le taux de profit, un capitaliste doit faire baisser le coût d’un salarié, c’est en tous cas ce qu’il fait et cela produit de la précarité, du chômage, de la mal-vie en général, cela nuit à l’économie réelle. C’est la pression sur les salaires, la possibilité de licencier plus facilement ou d’imposer à la base des reculs de droits sociaux, tout cela dans un contexte de chômage de masse et de pauvreté généralisée.

Les ordonnances Macron visent donc cet objectif. Or, c’est une aberration économique. En généralisant le contrat précaire, la fragilité de tous les emplois, on fragilise l’ensemble de la société. C’est alors moins de consommation, d’investissements et au final, moins de richesses produites, et c’est au bout une nouvelle phase de la crise.

La seconde question est de savoir ce qu’est aujourd’hui le monde du travail

Beaucoup de travailleurs ne sont pas, ou n’ont pas le sentiment aujourd’hui ni d’être protégé par le code du travail, ni qu’il réponde à leurs attentes et aspirations. Les auto-entrepreneurs, les travailleurs indépendants, les travailleurs Uber, les contractuels de la fonction publique, les contrats aidés, les intérimaires, les salariés de petites entreprises… Beaucoup ne voient pas en quoi le code du travail les protège aujourd’hui. Les raisons sont multiples, et parfois, ils pensent cela à juste titre. Les 200 000 contrats aidés qui ont perdu leur travail le 31 aout dernier, ont-ils le sentiment d’avoir été protégés par le code du travail ?

Il faut donc aussitôt qu’on a démontré les dangers des ordonnances, dire qu’il faut effectivement réformer le code du travail, et écrire un nouveau code du travail qui garantisse à chacun des droits, des libertés, et que ces droits doivent être inscrits dans un code qui s’applique partout, qui mette en avant des garanties collectives à ces droits individuels.

Et puis il faut en finir avec le « marché du travail », en agissant sur deux leviers : viser l’éradication du chômage d’une part et en finir avec des périodes d’emplois auxquelles se succèdent des périodes de précarité et notamment quand on est en formation. C’est la conquête d’un nouvel âge de la sécurité sociale, celui d’une sécurité d’emploi et de formation tout au long de la vie.

Enfin, ce qui coûte aujourd’hui à la société, ce n’est pas le travail, l’emploi puisque ce sont les salariés qui produisent des richesses qui dépassent largement leur salaire et les cotisations qui y sont liées. Ce qui coûte aujourd’hui, c’est le Capital. 40 milliards de CICE qui ne créent aucun emploi, 50 milliards de bénéfices pour les entreprises du CAC 40 qui disparaissent dans les dividendes des actionnaires, 80 milliards d’évasion fiscale qui ne profitent qu’à une minorité, les 1% les plus riches.

Combien d’écoles, d’hopitaux, de routes, et d’emplois pourrait on créer avec tout cela ?

Il faut donc passer d’une lutte défensive à une offensive du monde du travail pour conquérir de nouveaux droits

C’est d’une part des avancées prises sur le Capital et les bénéfices colossaux dégagés : hausse des salaires, pensions et allocations, et réduction du temps de travail, sans perte de salaire.

C’est ensuite des droits nouveaux, à la formation et la mobilité, en visant les publics spécifiques, les jeunes, les femmes sans emploi, les séniors, et en ouvrant des droits pour tous les salariés.

C’est de faire du contrat à durée indéterminée la norme, et la garantie pour tous les salariés de pouvoir se former, changer d’emploi sans perte de revenus.

Il faut pour financer cela interroger tous les financements publics des entreprises : du CICE aux fonds régionaux et engager une réforme des modalités d’attribution de ces aides, car la réduction du temps de travail et la hausse des salaires ne suffiront pas pour faire reculer le chômage.  Ces aides pourraient être attribués à partir de critères sociaux, le taux de contrats indéterminés, les politiques de formation et de protection des salariés, le projet de développement économique à l’aune de critères environnementaux et sociaux, voire de civilisation.

Il faut aussi interroger le rôle des multinationales, donneurs d’ordres, sur le tissu des PME et TPE.

Et engager une réforme de l’impôt sur les société qui favorise les entreprises qui créent de l’emploi, et de l’emploi durable avec un système de bonus-malus attribué en fonction de critères sociaux.

Les salariés doivent avoir des droits nouveaux au sein des entreprises : droit de véto sur les plans de licenciements, droit de contrôle et d’orientation des fonds publics, droit d’intervention dans la gestion des entreprises, droit de reprise de l’entreprise en cas de fermeture de site…

Enfin, il faut interroger le rôle de la monnaie et du crédit. Aujourd’hui les entreprises sont assommées par le coût de l’emprunt, elles doivent s’émanciper du pouvoir des banques.

 

CE code du Travail du XXIe doit s’écrire avec les salariés eux-même, à partir de leurs aspirations, leurs aspirations à être libre, de pouvoir évoluer dans le travail, et d’être protégé par des garanties collectives dont l’Etat serait le garant.