JE réponds cette semaine à une interview dans les Nouvelles. En voici le contenu, sur le mouvement social, l’activité riche du Parti Communiste dans cette période, la question du rassemblement et de la stratégie qui se pose ici dans un mouvement de lutte…

 

  • Une nouvelle page politique et sociale s’est ouverte avec le conflit des cheminots, celui des Postiers, à la Fac et chez les Ford,… Comment analyses-tu cette accélération du mouvement social ?

Depuis janvier le climat a changé, avec la hausse de la CSG pour les retraités, les effets des premières mesures sur la loi travail, les conditions de travail dans les services publics qui se dégradent encore, on semble sortir de la torpeur et de l’attentisme qu’on constatait à l’automne. Depuis un an, le fossé est béant entre les déclarations du gouvernement et les effets de sa politique. De plus en plus de gens considèrent comme nous que Macron est le Président des riches et de la finance.

Dans ce moment, le mouvement des cheminots donne de la combativité à de nombreux secteurs en lutte. Et c’est bien de cela dont le monde du travail a besoin, pas simplement de la colère et du ras le bol, mais de la combativité et de l’intelligence collective.

La forme du mouvement choisie par les cheminots permet cela. D’abord il s’inscrit dans la durée et permet à d’autres secteurs de construire des mobilisations. Ensuite, le calendrier étant connu, le désagrément est moindre pour les usagers, cela permet d’avoir un véritable dialogue pour convaincre l’opinion publique du bien fondé de ce mouvement et des propositions alternatives pour sortir de la situation actuelle à la SNCF. Enfin, c’est un mouvement unitaire dans l’entreprise et chaque étape est soumise à discussion. Celui ou celle qui a connu un tel mouvement dans sa vie militante sait que la discussion et le débat sont très riches dans ces moments là et que cela prend du temps.

  • Quelle place ont pu prendre les militants du PCF dans ces mouvements ?

Depuis le mois de janvier les communistes ont mobilisé sur la question des trains du quotidien et du fret, à partir de la mi-mars nous sommes allés à la rencontre des cheminots et des usagers sur la question des réformes en cours. Nous avons distribué des tracts dans toutes les gares du département et nous avons programmé 6 réunions publiques . Il faut en effet ouvrir des espaces ou cheminots, usagers, citoyens se parlent. Il fallait dénoncer les mensonges du gouvernement et la gravité de l’attaque contre le service public que représente le rapport Spinetta et aussi mettre en débat des propositions pour permettre à l’entreprise de se développer, et de répondre aux besoins des populations et des territoires. La dimension écologique du développement d’un grand service public ferroviaire n’est pas à négliger dans cette bataille pour convaincre l’opinion publique.

Nous avons donc contribué à ce qu’une majorité populaire se dessine pour soutenir le mouvement des cheminots. Et puis, et ce n’est pas un détail, nous faisons vivre en acte la solidarité du monde du travail en proposant notre badge « Mon train j’y tiens » dont tout l’argent récolté ira à la caisse de solidarité des cheminots grévistes.

Et puis nous sommes également actifs dans le mouvement des hopitaux et des ephad avec le tour de France des parlementaires communistes, auprès des postiers, des étudiants et des salariés de ford. Il y a enfin les questions internationales avec notamment les questions palestiniennes et kurdes.

  • On l’a vu, la France Insoumise a de son côté appelé à une grande journée de mobilisation le 5 mai prochain. Quel est ton regard sur cette initiative ?

La question qui est posée au mouvement social est celle de son élargissement et de travailler à des convergences entre tous les secteurs en lutte. Ce n’est pas une simple question de calendrier, c’est un débat politique dont il s’agit car s’il faut converger, il faut aussi élargir le champs de la mobilisation. Pour cela il faut aider à voir les logiques qui sont à l’œuvre et qui dépassent le seul champ de la SNCF. Macron et les marchés financiers veulent détricoter tous les acquis de 1945 pour répondre aux besoins de la rentabilité. C’est cela la bataille à la SNCF comme dans les hôpitaux, les besoins humains contre la rentabilité financière.

Depuis quelques temps, l’idée d’une grande journée de mobilisation un week-end à l’appel des forces politiques et syndicales est en réflexion. 12 organisations politiques dont le PCF et la FI, mais aussi le NPA et Génération.s ont signé un appel pour défendre et développer les services publics.

J’ai pour ma part et au nom du PCF écrit à toutes ces forces en Gironde pour que nous travaillons à des initiatives communes à partir de cette volonté politique de défendre le service public. C’est le service public ferroviaire, mais c’est aussi un plan d’urgence pour l’Hopital, les ephad, ce sont des batailles contre les fermetures de classes dans les écoles…

D’autres convergences peuvent voir le jour autour des questions des salaires et du pouvoir d’achat, de l’utilisation de l’argent et du poids du coût du capital sur l’emploi et le progrès social, on le voit à Ford, à Carrefour, mais aussi à La Poste.

Donc sur le principe, je n’ai rien contre une grande journée de mobilisation et d’initiative un week-end, bien au contraire je crois que si cela est bien travaillé, c’est de nature à faire franchir une étape au mouvement. Mais cela ne doit pas nous détourner de deux éléments essentiels : contribuer à la réussite des mobilisations décidées par les travailleurs eux mêmes, le 19 avril et le 1er mai sont déjà posées dans le paysage. Poursuivre le travail de proximité et d’échange avec la population. La bataille de l’opinion est essentielle.

  • Cela veut-il dire que le PCF y participera ?

J’ai bien lu l’appel et il ne pose pas la question en ces termes, il propose d’en débattre, débattons-en même si il y a des tentatives de refermer ce débat avant même qu’il ait lieu. J’ai deux questions, une de forme et basique et une autre plus politique et de fond. Je trouve le 5 mai trop rapproché du 1er et il y a un risque de zapper l’un pour l’autre. Si le 19 avril et le 1er mai sont réussis, pourquoi ne pas se donner un peu de temps pour réussir l’initiative suivante ?

Et puis, le mot d’ordre me semble léger et conduire à une impasse (faire la fête à Macron). C’est un vrai débat que nous avons, notamment avec la France Insoumise : faut-il personnaliser cette colère ? Cela la rend-elle plus combative et porteuse de sens comme je le disais tout à l’heure ? Quid du cahier revendicatif des cheminots, des postiers, des hospitaliers ? Quid du devenir de l’usine Ford, des salariés de Carrefour ?

Il me semble qu’une grande initiative unitaire, construite avec les organisations syndicales serait possible si on travaillait justement à partir des revendications des salariés autour de 3 grandes questions qui permettraient des convergences et qui sont contenues dans l’appel de Ruffin : celle du développement des services publics, celle de l’utilisation de l’argent face à une politique de satisfaction des intérêts de la classe capitaliste, et enfin la question démocratique : ce gouvernement n’a pas de majorité populaire pour soutenir sa politique.

  • Avec ces mouvements sociaux et la fête de l’Huma locale qui approche, l’actualité est riche et exigeante. N’y a-t-il pas un risque de « zapper » les débats du congrès dont le processus a commencé ?

Je pense au contraire que le mouvement social est aussi une chance pour nos débats dans la perspective du congrès. En premier lieu parce que rien ne serait pire que de mener ces débats en vase clos, l’actualité nous oblige à confronter à la réalité nos points de vue, nos convictions, parfois même nos partis pris.

Je prends un seul exemple, le débat stratégique. Il est de mon point de vue trop centré sur la question des alliances électorales, dont nous devons évidemment discuter mais une stratégie politique ne peut se résumer à cette seule question. Une stratégie, c’est un ensemble d’actions permettant d’atteindre un objectif politique. Nous devons nourrir un haut niveau d’ambition sur l’objectif à atteindre, dépasser le capitalisme qui conduit l’Humanité à des catastrophes sociales, économiques et écologiques. Sur ça il y a je crois une large adhésion dans le parti.

Aujourd’hui ce n’est pas la question de la façon dont on va à une élection qui est posée, mais c’est celle de notre intervention en direction du monde du travail. Comment à partir de ce qui bouge faire grandir l’idée qu’il est possible de dépasser la contradiction Capital-Travail dans notre société? Quelles propositions, quelles initiatives pour permettre que cette idée s’empare des masses ?

Le mouvement social nous oblige à être dans la bataille, dans l’action, et apprécier en même temps son évolution et la portée des gestes politiques que nous produisons. Un premier constat, il me semble nécessaire de hausser encore notre capacité d’action et d’intervention. Une des clés réside dans notre capacité collective à inventer de nouvelles formes d’intervention et d’initiative.