Je livre ici mon intervention au conseil national du PCF qui se tenait ce week-end et devait adopter un projet de base commune de discussion pour le congrès que nous tiendrons en novembre.

J’apporte au préalable une précision importante, j’ai exprimé à la commission du texte dès mercredi quelques critiques. J’ai pris le parti de penser que le texte proposé bien qu’insuffisant pouvait être amélioré considérablement durant le week-end. J’ai formulé vendredi plusieurs amendements au texte sur chacune des trois parties. La plupart de mes amendements ont été retenus.

Malgré cela, et les améliorations notables du texte durant le week-end, le texte proposé doit encore être profondément amélioré, des questions approfondies s’il était choisi comme texte de base commune, notamment sur la question de notre stratégie, mais également sur une question fondamentale, notre capacité à analyser de manière contradictoire et efficiente les mouvements de la société engendrés par la crise systémique du capitalisme et ses conséquences, crise sociale, crise politique, crise institutionnel, crise morale, crise écologique.

je suis intervenu sur la question stratégique ainsi que sur les transformations du PCF :

Je partage l’ambition énoncée par la commission d’un texte qui permette aux communistes de rentrer dans les débats du congrès tant la période qui s’achève, même si elle revêtait un caractère innovant n’a pas permis à la grande masse des communistes de rentrer dans les débats au niveau nécessaire. Il faut donc un texte court, lisible et compréhensible et qui définisse clairement quelles pourraient être nos orientations afin que les communistes s’emparent de ces questions.

Je m’arrête sur deux points.

Le premier, notre stratégie.

Nous affirmons dans une thèse qu’il y a aujourd’hui concentration des pouvoirs au niveau de l’Etat notamment, avec en effet un affaiblissement des collectivités locales et leurs marges de manœuvre et des organismes paritaires dans la fonction publique par exemple. Il y a bien concentration autoritaire des pouvoirs entre des mains de moins en moins nombreuses. Mais nous ne disons pas que cette concentration est la réponse Capitaliste et libérale à un affaiblissement de l’Etat contradictoirement induit par la crise systémique du capitalisme et par la fuite en avant de sa phase avancée financiarisée.

C’est à dire, et c’est la critique principale que je peux faire à ce texte que nous ne mesurons pas assez les mouvements contradictoires qui traversent la société, à ce propos et sur d’autres questions. Nous affirmons notre stratégie de conquête du pouvoir d’Etat, tout en disant que nous l’avons déjà exercé, mais nous savons bien que sans un mouvement populaire à vocation majoritaire pour la transformation de la société, la conquête du pouvoir d’Etat, de positions électorales ne suffit pas à transformer la société.  

Ce qui était vrai en 81, en 97 par exemple , l’est d’autant plus aujourd’hui ,mais se pose aussi de manière nouvelle d’autant que nous sommes dans une période inédite. Nous disons avec justesse qu’il faut opérer un changement de paradigme à propos de notre stratégie, nous devons le caractériser et en tous cas il n’apparaît pas suffisamment dans le texte.

Notre objectif stratégique premier est l’émergence d’un mouvement populaire, dans toute sa diversité pour le changement de société. Et ce que nous n’avons pas réussi à faire jusqu’à aujourd’hui, c’est l’articulation entre mouvements de la société et conquêtes électorales et des pouvoirs, et donc saisir les leviers, les freins et les obstacles à l’émergence de ce mouvement. 

Nous avons trop été, et sommes encore ici, trop centrés sur notre stratégie d’alliances électorales, alors qu’elle est un des moyens que nous saisissons pour atteindre notre objectif politique à un instant T, mais ce n’est pas l’objectif premier, même si il est évidemment très important.

Les transformations de notre Parti doivent servir cette stratégie et c’est le deuxième point. Si je partage les grandes lignes de ce qui est proposé, je crois que nous devons en préciser les objectifs sur le fond, et les transformations concrètes pour la mise en oeuvre. Nous visons un redéploiement, une reconstruction de notre parti, nous visons de libérer l’initiative militante et d’associer au delà du Parti des hommes et des femmes sur des questions thématiques ou précises, ce n’est pas rien, et ça ne se fera pas du jour au lendemain.

Il nous faut donc approfondir la nature des transformations et des expérimentations que nous voulons mettre en oeuvre. 

Enfin sur la forme du texte proposé, je soutiens la proposition de créer dans le texte des fenêtres qui fassent état de la nécessité de poursuivre le débat sur des questions décisives, le bilan, la stratégie et le rôle des directions. Mais ces fenêtres ne doivent pas servir à nous compter mais bien à donner les clés aux adhérents pour approfondir véritablement ces questions qui sont dans la tête de chacun et chacune.