Les conditions d’une levée en masse sont désormais réunies. Gilets jaunes, gilets rouges de la CGT et des autres syndicats, blouses blanches de la santé, cols bleus de l’industrie, fonctionnaires, chômeurs et précaires, salariés du privé, du bâtiment, de la construction, tous sont en train de tisser des convergences pour les salaires et le pouvoir d’achat alors même que les lycéens ont massivement débraillé ce lundi contre une réforme élitiste du bac et l’instauration de la sélection à l’université. En restant sourd aux demandes qui désormais s’expriment de plus en plus clairement et fortement, le gouvernement court un risque immense.

Le mouvement évolue et change de nature

Traités d’abord comme de simples consommateurs, parfois même par les initiateurs du mouvement eux mêmes, qui râlent contre le prix de l’essence, les gilets jaunes ont peu à peu adopté un discours « de classe ». Celui d’hommes et de femmes qui veulent vivre de leur travail et qui sont empêchés par d’un côté la faiblesse des salaires et des pensions de retraites qui ont elles diminué, et de l’autre la hausse des biens de consommation et des prélèvements obligatoires.

Très présent dans les territoires ruraux et périphériques de la métropole, ce mouvement dénonce en même temps le sentiment d’abandon de la part de l’Etat que peuvent vivre les habitants de ces territoires du médoc au blayais, du libournais au langonnais en passant par Castillon.

Les raisons profondes de ce mouvement sont les mêmes que celles qui ont poussé bon nombre de salariés dans la rue le 9 octobre dernier, les retraités depuis des mois, les fonctionnaires au printemps pour la hausse des salaires et des pensions de retraites, les hospitaliers et salariés des ephads, ils et elles veulent pouvoir vivre dignement. La hausse de la CSG est comme la taxe sur les carburants considérée comme profondément injuste socialement quand 300 000 familles les plus riches se voient exonérées de près de 5 milliards d’euros de l’Impôt sur la fortune.

Une conscience de classe qui s’éveille

La colère, notamment des territoires ruraux, vient en réponse à l’affaiblissement des services publics, l’Hopital, les gares et les trains, l’école, l’accès au droit pour les plus fragiles, la sécurité avec la baisse des effectifs de gendarmerie. Tout cela pèse depuis de trop nombreuses années avec l’austérité imposée après la crise de 2008.

Tout cela est aujourd’hui sorti, et ce mouvement multiforme ne s’arrêtera pas pour deux raisons.

La première est que pour beaucoup les conditions de vie se sont tellement dégradées qu’il n’est plus possible de continuer ainsi. La peur du déclassement est omni-présente.

La seconde est qu’avec l’instauration du prélèvement de l’impôt à la source en janvier, dans un contexte de non acceptation de taxes injustes, et la hausse des prix du gaz et de l’électricité en février, le sentiment d’injustice va encore s’accroître. Notamment en raison de l’exonération de l’ISF et de l’absence totale de mesures du pouvoir en place pour lutter contre l’évasion fiscale, et ce dans un contexte ou les entreprises du CAC40 vont encore battre des records de dividendes versés à leurs actionnaires.

Le gouvernement, le Président de la République, n’ont je crois pas pris la mesure du niveau de rejet de leur politique apparu et amplifié avec le mouvement des cheminots du printemps. Ils sont aujourd’hui détestés. Et la gestion de ce mouvement par le pouvoir en place aura été calamiteuse de bout en bout jusqu’à la visite sous les huées d’un air grave d’un des quartiers les plus riches du pays ce dimanche, de retour d’Argentine, alors que quelques jours avant, lorsqu’un immeuble d’habitation s’écroule à Marseille faisant 6 morts, personne ne s’est rendu sur place.

Pour sortir de la crise, il faut sortir de l’austérité

Pour sortir de cette crise il n’a donc pas d’autres solutions que de battre en retraite et renoncer à une hausse des taxes sur les carburants qui n’a rien d’écologique puisqu’elle finance la perte due aux exonérations de l’impôt sur la fortune et le CICE qui ne profite pas aux PME, PMI et TPE mais aux grands groupes qui ne paient pas l’impôt à la hauteur ou ils le devraient en France.

Il doit aussi prendre la mesure des conséquences des politiques d’austérité dans tout le pays. Cette politique maintient le pays dans la crise, il faut donc en changer. La hausse des salaires et pensions, la hausse du smic, le dégel du point d’indice des fonctionnaires sont maintenant des demandes fortes quand les entreprises du CAC 40 dégagent encore cette année presque 50 milliards de dividendes. On est au cœur de la contradiction Capital/travail et c’est bien le coût du Capital qui pèse sur le travail de millions d’hommes et de femmes. Il pèse sur le travail et sur la vie de millions de salariés, la diète imposée aux communes et territoires ruraux a également des conséquences.

Là encore, les élus locaux n’ont pas besoin qu’on leur explique mieux quoi faire, ou plutôt comment ne plus faire ce qu’ils faisaient. Ils ont besoin de moyens pour mettre en oeuvre des politiques qui répondent aux besoins. L’impôt local ne peut être le seul levier, la solidarité par l’impôt c’est aussi la redistribution par l’Etat en direction des territoires pauvres.

Samedi sera un nouveau jour de mobilisation et le même jour se tiendront les marches pour le climat. Une bonne occasion de démontrer que ce qui est en cause ce n’est pas la transition écologique. Les habitants des territoires ruraux en savent sans doute bien plus que quiconque sur la préservation de la nature, le maintien de circuits courts et d’une agriculture paysanne, la nécessité de vivre, travailler et de consommer sur place.

Convergence, unité populaire, rassemblement pour le progrès social et démocratique

Cette semaine au travail, dans le quartier, l’immeuble, le village, la discussion doit s’intensifier pour malgré les tentatives de pourrissement et la dérive sécuritaire dont ont été encore victimes les lycéens hier, le mouvement prenne encore de l’ampleur, pacifique, déterminé, pour le gel des taxes, la hausse des salaires et pensions, le rétablissement de l’ISF pour commencer et un changement profond de politique pour la satisfaction des besoins humains, l’Humain d’abord.