Ma part de doutes, de convictions et d’espoirs

sebastien_labordeDepuis des mois, le parti communiste et particulièrement son secrétaire national, tentent d’ouvrir un espoir de changement réel dans le pays. Depuis des mois nous en appelons au rassemblement de la gauche critique de l’austérité et à l’irruption des aspirations populaires dans le débat public.

Nous nous heurtons depuis des mois, au fatalisme, au désarroi, à la démobilisation d’une part importante de l’électorat de gauche. Nous nous heurtons aussi à la logique même de l’élection présidentielle, véritable verrou de la vie politique, qui conduit à des logiques partisanes et des démarches personnelles.

De Jean Luc Mélenchon parti seul avec son organisation politique dès février, en passant par les écologistes désignant un candidat, aux frondeurs embourbés dans une primaire du Parti socialiste dont on ne sait plus la raison d’être après l’annonce de candidature d’Emmanuel Macron. Alors que nous sommes en pleine recomposition politique, toutes ces forces sont aujourd’hui dispersées, nous sommes des milliers, des millions à le regretter.

Il existe pourtant une aspiration profonde au progrès social, écologique et démocratique.

La société française, comme partout dans le monde est traversée par des mouvements contradictoires, antagonistes au sein même du monde du travail et de la création. Il faut mesurer comment les forces réactionnaires et ultralibérales travaillent l’électorat populaire en tentant de le diviser, de dévoyer sa colère légitime au travers d’un populisme qui, faute de perspective de changement réel, remporte des victoires. Nous l’avons vu en Italie, en Hongrie, en Turquie, et maintenant aux USA. Et nous voyons à chaque fois comment ces victoires populistes rendent difficile la reconstruction politique et la renaissance d’un espoir collectif.

Alors, pour tout dire, savoir quel candidat présenter ou soutenir dans ce contexte est presque devenu secondaire. Le cœur du sujet est ailleurs : comment franchir une étape dans notre campagne, comment impulser une dynamique de rassemblement, comment faire émerger enfin la parole citoyenne dans un débat politique complètement verrouillé ?

Quelle est l’option qui nous permettra de nous adresser sans attendre, en toute autonomie d’initiative et d’action à l’électorat du front de gauche de 2012, aux salariés en lutte, aux syndicalistes, aux militants associatifs, à cet électorat populaire de gauche qui à ce jour ne sait même pas s’il ira voter en 2017 ?

La priorité, c’est d’abord de poursuivre nos efforts pour déjouer le piège présidentiel. Car plus nous nous rapprocherons de l’élection, plus la droite et le FN seront en campagne, plus la perception sera grande que si la droite gagne au printemps prochain, ce ne sera pas une alternance classique mais une rupture profonde qui changera le visage de la France pour longtemps. L’objectif d’empêcher la droite et le Fn de gagner doit être maintenu jusqu’au dernier moment dans un paysage politique qui évolue en permanence.

Notre pays a besoin pour cela d’un Parti communiste fort et en mouvement, posant dans le débat par sa force militante, ses propositions, ses valeurs, sa conception du rassemblement et partout des hommes et des femmes en capacité de porter cela. Mais il me semble que dans ce contexte, proposer une candidature communiste à l’élection présidentielle apparaîtrait comme contradictoire avec notre ambition politique de rassemblement. Et nous passerions beaucoup de temps à expliquer pourquoi nous le faisons et pourquoi le chemin du rassemblement passe par une telle candidature plutôt que d’engager la campagne pour une véritable alternative politique.

C’est ce qui me conduit à opter pour l’option 1, celle d’appeler à voter pour Jean Luc Mélenchon, sans rentrer dans le cadre étriqué de la France insoumise, sans se soumettre à un pacte législatif qui contraint l’action des députés et candidats aux législatives et les cantonne à un rôle de soutiens au candidat à l’élection présidentielle.

Je le fais sans aucune illusion parce que je pense que l’élection présidentielle, dans le cadre de la Ve République est de toute façon un verrou à l’émergence d’une alternative de transformation de la société. L’essentiel du combat politique ne passe donc pas par là.

Je le fais sans taire un seul de mes désaccords avec la campagne de JLM depuis février. Je le fais évidemment sans amertume ni rancœur ; trop d’hommes et de femmes ne voient l’action politique qu’au travers de pulsions, d’affects. Je me contente d’avoir des convictions, des doutes et des espoirs.

Nos désaccords ne datent pas d’aujourd’hui, sur la conception de la politique, la stratégie de rassemblement, l’analyse de la société française. Mais il est à ce jour le candidat duquel je suis, nous sommes le plus proche sur le plan des idées.

107355332_oComme beaucoup, je vois bien que ni Jean-Luc Mélenchon ni les principaux animateurs de la France Insoumise – qui sont tous des dirigeants du PG, ne font de gestes en direction des communistes, visant à conforter cette position. Mais il faudra bien qu’ils prennent en compte une réalité : sa candidature est installée dans le paysage médiatique, il mène une campagne virtuelle de premier plan mais il ne parvient pas à enclencher une véritable dynamique sur le terrain.

Sa candidature installée, nous apparaitrions comme diviseurs, à notre corps défendant, si nous en rajoutions une. Mais ce sont bien les militants communistes qui pourront apporter cet ingrédient essentiel à la campagne qu’est la dynamique populaire, de terrain, sur l’ensemble du territoire.

Si les communistes faisaient le choix contraire, celui d’une candidature communiste mise à disposition du rassemblement, je le ferai mien, naturellement. Et j’emploierai toute mon énergie pour qu’elle réussisse. La tâche qui nous incombe en serait rendue plus difficile encore, je le crois, et aucune des deux options ne sera de toutes façons un chemin pavé de roses. Mais ce qui comptera plus que tout dans cette période complexe et mouvante, c’est notre capacité, à nous communistes, à se mettre en mouvement dans le respect des choix majoritaires de notre organisation et notamment à partir de notre conception du rassemblement, de la mise en mouvement des citoyens.

Une des questions posées est de choisir l’option qui permettra le plus facilement d’ouvrir, à notre initiative un cadre de rassemblement large dans lequel se retrouveraient des forces politiques et des citoyens qui aujourd’hui ne se retrouvent pas dans celui de la France Insoumise qui est de fait une organisation politique, avec un candidat, un programme, et une stratégie.

Il me semble qu’en appelant à voter pour Jean luc Melenchon et en appelant à la création d’un tel cadre de rassemblement, nous aurions plus d’écho qu’en mettant dans le débat une candidature communiste, qui quoi qu’on dise ou fasse, apparaitrait comme une candidature de plus dans un paysage politique ou la gauche est déjà très divisée.

Dans un cas comme dans l’autre, nous allons devoir déployer toute notre capacité militante, toute notre intelligence collective pour saisir la moindre étincelle dans un moment de recomposition politique accélérée.

Un monde se meurt aujourd’hui, peu à peu, et il porte en lui les germes d’une possible société de l’émancipation, d’une nouvelle phase historique de l’humanité.

Nous sommes parmi tous ceux qui cherchent ce monde nouveau et nous sommes une force considérable.

Le XXème siècle aura été celui des plus grands drames de l’humanité et des plus grandes avancées sociales. Le XXIe doit être celui du temps du commun, sinon il deviendra celui des régressions les plus meurtrières.

Publié par

slaborde

secrétaire départemental du PCF, adjoint au maire de Saint Denis de Pile et vice président de la CALI en charge de l'action sociale. Enseignant spécialisé.

3 réflexions au sujet de « Ma part de doutes, de convictions et d’espoirs »

  1. Très bon texte, bravo. L’attitude à garder est effectivement difficile à cerner. Il me semble qu’à la racine de cette débandade des forces de gauche est l’individualisme et le narcissisme, dont JLM est un exemplaire parmi d’autres.

  2. Ma première interrogation : Pourquoi ne pas avoir conservé la première option qui préconisait un travail de rassemblement sans opter ni pour le soutien à JLM ni pour la candidature communiste.
    Pour moi, comme pour de nombreux camarades, je considère que la priorité des priorités devrait être les législatives car, et je le déplore, nous risquons dès le 27 novembre prochain, connaître le décor du deuxième tour de la présidentielle où les forces de gauche n’apparaîtront plus !!
    Soyons donc réalistes et essayons de trouver, dans l’impasse où nous sommes, quelle meilleure stratégie devra être la nôtre pour encore faire peser nos idées et nos idéaux dans une représentation à la chambre des députés.
    Certes les propos de JLM ne m’enchantent pas concernant la prétendue absence d’une identité de Partis dans les candidatures alors que lui-même ne cherche-t-il pas à créer son nouveau Parti sur les cendres du PCF ??
    Cette ambition ne me plaît pas mais je crois fermement qu’il ne pourra y parvenir que si nous nous clivons et créons la fracture irréversible, ce qui ne manquera pas d’arriver avec l’option 2.
    Au contraire de cela, en choisissant l’option 1, en conservant les mains libres, nous avons 6 mois devant nous et tous nos moyens humains pour nous mettre en marche pour développer notre programme et faire monter l’idée du vote communiste utile. Les électeurs le savent, partout où il y a des élus communistes, c’est l’Humain qui prime.
    Voilà mon analyse et ce n’est pas le coeur léger mais avec un sentiment de choisir la moins mauvaise des deux options que je choisirai l’option 1 en regrettant bien sûr que nous n’ayons plus le choix avec la première des trois options initiales.
    Jean Chazeau, adhérent et militant et élu communal.

  3. J’adhère tout à fait à ton texte, si , déjà, tous les communistes pouvaient éviter de s’injurier ! C’est tout bonus pour les chiens de garde du capitalisme qui se frottent les mains

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