A propos de l’immigration et du débat à gauche

L’immigration est un sujet de discorde à gauche. L’interview de Djordje Kuzmanovic dans le Nouvel Obs, responsable de la France Insoumise sur les questions internationales a le mérite de poser les choses et permet de combattre plusieurs idées ou fausses vérités qui conduisent la France Insoumise, une partie de la gauche Allemande et d’autres forces populistes en Europe à avoir un discours anti-migratoire.

Tout d’abord et c’est à peu près le seul élément dans lequel je me reconnais. L’émigration est un drame pour les pays pauvres, une partie de sa jeunesse quitte le pays. Le Capitalisme et la recherche de profit, le pillage des matières premières, le poids d’une dette illégitime pèse sur des population entières dans le monde. Cela étant, elle est aujourd’hui un moyen de faire rentrer dans ces pays des devises, de l’argent qui fait fonctionner une partie de l’économie. Commencer par fermer les frontières, serait donc un drame dans leur pays et ne résoudrait aucune des questions posées.

Mais aussi en France, car l’immigration, les populations immigrées produisent de la richesse, vivent et consomment ici. L’immigration n’est pas un coût en soi, mais une richesse.

L’interview de M Kuzmanovic révèle à quel point ce positionnement politique repose sur au mieux des erreurs, au pire des mensonges.

Premier erreur je cite : « la bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires, qui risquent de s’accentuer encore du fait des catastrophes climatiques. » Il est donc dit que nous devrions fermer nos frontières aux réfugiés climatiques. Mais ne sont-ils pas les victimes d’un Capitalisme qui court à sa perte et détruit tant et plus au même titre que ceux qui fuient la guerre ? Qu’appelle-t-on bonne conscience ? Le discours qui consiste à dire que l’immigration n’est pas un problème ? Que travailleurs français et étrangers doivent avoir les mêmes droits ? Que la France s’est enrichie de ses migrations ?

deuxième erreur : »Plutôt que de répéter, naïvement, qu’il faut « accueillir tout le monde », il s’agit d’aller à l’encontre des politiques ultralibérales ». L’un n’empêche pas l’autre et si il y a en effet mise en concurrence des salariés à l’échelle d’un continent et même du monde, c’est bien la circulation des capitaux, les délocalisations, l’implantation de grandes firmes là ou la main d’oeuvre est la moins chère qui en est la cause. 1 million d’emplois industriels ont disparu en France depuis 2008, ou sont-ils passés ? L’immigration en est-elle la cause ? Non, évidemment.

Troisième erreur : « Mais, depuis 2012, avec l’accélération de la mondialisation, les inégalités s’accroissent et les dégâts environnementaux sont de plus en plus irréparables ; sans oublier l’explosion démographique. Cet ébranlement du monde jette les gens sur les routes et nous oblige à penser les choses différemment. »

Ainsi on aurait là la raison du tournant anti-migratoire de la FI, depuis 2012 on assisterait à une vague incontrôlée de migrants, une explosion démographique, du fait de la mondialisation… Faux, et dangereux. Le solde migratoire en France est inchangé depuis 20 ans, environ 100 000 personnes rentrent en France chaque année, on a même péniblement atteint 60 000 en 2017.

Quatrième erreur : Le grand défenseur de la sortie de l’UE dénonce ensuite les accords internationaux, on tombera d’accord avec lui sur cette question, la directive sur les travailleurs détachés notamment et dénonce que l’essentiel de l’immigration est intra-européenne. La question n’est donc pas de limiter l’immigration en attendant d’autres traités, mais de réécrire l’ensemble des traités d’austérité et de mise en concurrence des salariés dans l’UE. Au contraire d’une sortie des traités, pour limiter cette immigration ne faut-il pas chercher des convergences entre organisations syndicales et politiques partout en Europe pour hisser les droits et les salaires de l’ensemble des travailleurs vers le haut ?

Même Jaurès est appelé à la rescousse au travers d’un texte ou il dénonce le Capital qui fait venir en France des travailleurs étrangers pour les payer moins cher… en 1894.

Cette année là, comme dirait le chanteur, la France était une puissance coloniale, il n’y avait pas de salaire minimum, ni de droits universels comme la sécurité sociale, les congès, la retraite, seule la durée du temps de travail était réglementée à la journée, 10 heures. Cette année là, le train en était à ses premiers pas, la circulation des capitaux se faisait par valises ou coffres, les gens voyageaient par bateau, ou à cheval.

Je relis régulièrement la lettre de Jaurès aux enseignants, elle est incroyablement désuète car il insiste très lourdement sur l’apprentissage de la lecture. Et oui, en 1888 on parle d’instruction et pas d’éducation. Cela ne veut pas dire qu’il avait tort, même si cela est possible, mais cela confirme qu’il s’est passé plus d’un siècle depuis et que nous ne vivons plus dans la même société.

Je passe de plus sur la sortie de son contexte des mots de Thomas Sankara…

Une phrase est selon moi révélatrice de cette impasse politique, on l’interroge sur les « migrants » et les « réfugiés », autrement dit ceux qui partent pour des raisons dites économiques, et ceux qui fuient la guerre ou la prison, la mort. Sa réponse est magistrale « Oui. Cette distinction va être de plus en plus difficile à faire. » Ben oui mon colon, c’est bien pour cela que ce discours est inopérant et dangereux.

Enfin, le discours de Sahra Wagenknecht, dirigeante politique de gauche en Allemagne, qui justement dénonce l’immigration économique rejoignant la thèse qu’elle est la cause de la perte de droits sociaux, du chômage et de la baisse des salaires, est considéré comme étant de « salubrité publique ». Outre le caractère détestable de l’expression utilisée à cet endroit, c’est je crois une erreur que de penser que tenir ce discours fera reculer l’extrême droite. Pour les raisons que je viens de dire, c’est d’abord une erreur politique, économique que de croire qu’en limitant l’immigration, on va reconquérir des droits, gagner des hausses de salaire et faire reculer le chômage. Et puis, quel terrible sophisme de croire que dire ce que la droite, et parfois le parti socialiste a pu dire depuis 40 ans permettrait de reconquérir les classes populaires.

Mais au delà de cela, c’est méconnaître la crise structurelle que traverse le Capitalisme, c’est ignorer que sa phase avancée, financiariée, n’a que faire du développement des forces productives et de la société. C’est ne pas savoir ce que l’histoire nous apprend, l’Humanité toute entière est faite de vague migratoires, de déplacements, d’échanges, de mélanges et ce depuis que nous nous sommes dressés sur deux jambes. C’est ignorer les luttes, les combats du monde du travail, c’est sous estimer grandement l’actualité du combat de classe et les formidables richesses que certains accumulent, les formidables capacités de développement qui sont aujourd’hui celles de l’Humanité toute entière.

Pour toutes ces raisons, je préfererai toujours à ces turpitudes la conclusion du manifeste du Parti Communiste, écrit pourtant en 1848 :

Prolétaires de tous pays, unissez vous. Vous n’avez rien à perdre, à part vos chaînes.

sur ce lien Le manifeste pour une France hospitalière et fraternelle, une Europe solidaire, écrit par le PCF au printemps dernier

Le declic

La situation politique n’est plus la même qu’il y a quelques mois pour le Président de la République et son gouvernement. Les masques tombent. La politique qui est menée est d’une violence inouïe et appartient bel et bien au vieux monde d’avant la crise de 2008. Elle ne vise que la satisfaction des intérêts des plus riches. Ceux qui attendaient un tournant social risquent d’attendre longtemps. Ceux qui attendaient une politique qui relève le défi écologique et climatique également, tout comme ceux qui voyaient dans Emmanuel Macron le chantre d’une nouvelle manière de la politique.

C’est dans un entre soi de plus en plus restreint que les décisions sont prises. C’est un nouveau tour de vis austéritaire qui est promis et la révélation qu’avec une telle politique on ne peut sortir de la crise, on ne peut répondre à la souffrance et à l’urgence sociale, on ne peut engager la transition écologique. Cette politique s’accompagne de plus d’une manière de présider le pays autoritaire et violente. Elle s’accompagne d’une morgue et d’un mépris profond pour le peuple français tel qu’il est. Il s’agit bien d’une monarchie présidentielle avec sa cour, ses privilèges pour une infime minorité.

 

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Hulot, les gaulois, et le pays réel

Qui n’a jamais entendu que les français n’aimaient pas le changement, et notamment les catégories populaires, n’a jamais rencontré de patron, d’homme ou femme de droite, de libéraux. Cette phrase vient souvent avant ou après d’autres poncifs : on paie trop d’impôts, y’a trop d’étrangers, les gens n’aiment pas travailler, c’était mieux avant etc.

C’est une vieille antienne et ce qui n’est pas anodin c’est qu’un Président de la République parle aussi mal du peuple français depuis un autre pays et face à la presse nationale et internationale. A croire que dans la start-up nation, la com c’est secondaire.

Ce que révèle ces propos, c’est ce que nous savons déjà, un profond mépris du Président de la République pour le peuple français, le pays réel. Son entourage évoque une tentative d’humour. Et bien disons que Jean Roucas n’est pas complètement mort alors, ni Faisan. La tradition de l’humour réactionnaire et imbécile est perpétuée.

Ce faisant, le Président tente aussi de faire oublier la démission de Nicolas Hulot. Je le dis d’emblée, je n’ai pas une grande estime pour l’homme, mais il était la figure d’ouverture à la société civile, à l’aspiration profondément ancrée je crois dans le pays réel de vivre dans un environnement sain tout en préservant la planète, la biodiversité, et l’urgence de lutter contre le réchauffement climatique.

Ce qu’il dit est terrible, sur la gouvernance et la façon dont les politiques se décident au sommet de l’Etat. Et si même un homme comme lui réalise que le libéralisme et l’austérité sont incompatibles avec la transition écologique, cela doit pousser tous ceux qui combattent cette politique à plus d’audace et à engager les combats qui sont les nôtres de manière beaucoup offensive.

Car si le Capitalisme nous conduit à des catastrophes, si cette prise de conscience grandit partout dans le monde et dans la société française, cela ne fait pas du changement profond de société un évidence qu’il faudrait attendre patiemment tandis que la situationde millions de personnes se dégrade. La construction d’une alternative est en revanche à l’ordre du jour car aujourd’hui elle manque cruellement à toutes celles et ceux qui sont en colère, subissent ou s’opposent.

Francis Wurtz, ancien député européen a fait le choix salutaire selon moi il y a quelques jours d’écrire une chronique révélant 10 bonnes nouvelles pour l’humanité partout dans le monde. Et si, le progrès, les avancées étaient plus rassembleuses que la colère et la contestation ?

Nous ne devons pas renoncer à saisir toute la complexité du monde qui nous entoure et à une démarche dialectique en toute circonstance. Car des révolutions sont en cours, la grande aspiration à la fraternité humaine, à l’égalité, à vivre dans un environnement sain respectueux de la nature, l’aspiration au progrès, à la justice, à la paix, tout cela continue de vivre dans une société déchirée, rongée par les dominations et l’exploitation capitaliste dont la financiarisation de l’économie en est la phase avancée.

La vacuité des propos du Président nous tirent vers le bas. Céder aux idées dominantes nous tire vers le bas. Subir des défaites sociales et politiques nous tire vers le bas et des renoncements mortifères.

Il y a donc urgence à saisir aussi les avancées, les tentatives de trouver de nouveaux modes de développement, d’échanges. Il y a urgence aussi à analyser les mouvements de citoyens, les mobilisations, même locales qui existent et qui affrontent les logiques libérales, la recentralisation des pouvoirs et l’austérité budgétaire.

Car c’est dans la réalité quotidienne qu vit le peuple français qu’existent les leviers pour d’autres choix. Il y a donc lieu de faire connaître ces tentatives, ces avancées et ces petites victoires.

La victoire des salariés d’Intermarché face à un referendum d’entreprise inique, ce que font de nombreuses communes pour la rentrée scolaire, les conditions d’accueil des enfants, la lutte des femmes de Bègles contre les marchands de sommeil et la préfecture, la bataille pour que l’Hopital Public remplisse sa mission, la lutte des cheminots, des électriciens, des salariés de Ford, ces agriculteurs qui renoncent au glyphosate et s’engagent vers un nouveau type de production, et tant d’autres choses…

 

 

 

 

Le forcené de L’Elysée

Après un été désastreux pour son image, le gouvernement et le Président de la République ont fait leur rentrée ce mercredi. Le Président l’a dit et répété à nouveau : il ne lâchera rien. Après son minable « Qu’ils viennent me chercher », il remet ça après avoir passé ses vacances au fort de Brégançon sans jamais dire un mot du sort des migrants naufragés en Méditerranée.

Son image est aujourd’hui considérablement dégradée. 14% seulement des français jugent son action satisfaisante, et 80% le jugent autoritaire, les 2 tiers des français ne lui font pas confiance.

Et pourtant le forcené de l’Elysée prépare une nouveau tour de vis austéritaire.

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Un pognon de dingue

La croissance française est en berne, le chômage n’a jamais été aussi élevé avec environ 5 à 6 millions de travailleuses et de travailleurs qui ont connu une période de chômage au cours de l’année passée. La probable hausse des prix du pétrole, les signes de fragilités des groupes financiers laissent entrevoir une nouvelle crise alors que la consommation des ménages, les dépenses en investissements des collectivités sont très contraintes.

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Intervention au Cn des 2 et 3 juin

Je livre ici mon intervention au conseil national du PCF qui se tenait ce week-end et devait adopter un projet de base commune de discussion pour le congrès que nous tiendrons en novembre.

J’apporte au préalable une précision importante, j’ai exprimé à la commission du texte dès mercredi quelques critiques. J’ai pris le parti de penser que le texte proposé bien qu’insuffisant pouvait être amélioré considérablement durant le week-end. J’ai formulé vendredi plusieurs amendements au texte sur chacune des trois parties. La plupart de mes amendements ont été retenus.

Malgré cela, et les améliorations notables du texte durant le week-end, le texte proposé doit encore être profondément amélioré, des questions approfondies s’il était choisi comme texte de base commune, notamment sur la question de notre stratégie, mais également sur une question fondamentale, notre capacité à analyser de manière contradictoire et efficiente les mouvements de la société engendrés par la crise systémique du capitalisme et ses conséquences, crise sociale, crise politique, crise institutionnel, crise morale, crise écologique.

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Rassembler pour le service public

Nous étions 150 en débat hier soir à Bègles pour l’avenir de la SNCF. LFI, EELV, PCF présents à une même tribune, avec une responsable syndicale cheminote, Celine Simon, secrétaire du CCE SNCF pour aborder concrètement les questions qui sont posées pour un grand service public ferroviaire.

Il y a besoin d’initiatives comme celle-ci qui avec les questions de contenus abordent celle du rassemblement et des convergences. Loïc Prud’homme et Clément Rossignol ont accepté cette invitation à débattre avec notre camarade et député de Normandie, Hubert Wulfranc.

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Gagner la bataille de l’opinion

JE réponds cette semaine à une interview dans les Nouvelles. En voici le contenu, sur le mouvement social, l’activité riche du Parti Communiste dans cette période, la question du rassemblement et de la stratégie qui se pose ici dans un mouvement de lutte…

 

  • Une nouvelle page politique et sociale s’est ouverte avec le conflit des cheminots, celui des Postiers, à la Fac et chez les Ford,… Comment analyses-tu cette accélération du mouvement social ?

Depuis janvier le climat a changé, avec la hausse de la CSG pour les retraités, les effets des premières mesures sur la loi travail, les conditions de travail dans les services publics qui se dégradent encore, on semble sortir de la torpeur et de l’attentisme qu’on constatait à l’automne. Depuis un an, le fossé est béant entre les déclarations du gouvernement et les effets de sa politique. De plus en plus de gens considèrent comme nous que Macron est le Président des riches et de la finance.

Dans ce moment, le mouvement des cheminots donne de la combativité à de nombreux secteurs en lutte. Et c’est bien de cela dont le monde du travail a besoin, pas simplement de la colère et du ras le bol, mais de la combativité et de l’intelligence collective.

La forme du mouvement choisie par les cheminots permet cela. D’abord il s’inscrit dans la durée et permet à d’autres secteurs de construire des mobilisations. Ensuite, le calendrier étant connu, le désagrément est moindre pour les usagers, cela permet d’avoir un véritable dialogue pour convaincre l’opinion publique du bien fondé de ce mouvement et des propositions alternatives pour sortir de la situation actuelle à la SNCF. Enfin, c’est un mouvement unitaire dans l’entreprise et chaque étape est soumise à discussion. Celui ou celle qui a connu un tel mouvement dans sa vie militante sait que la discussion et le débat sont très riches dans ces moments là et que cela prend du temps.

  • Quelle place ont pu prendre les militants du PCF dans ces mouvements ?

Depuis le mois de janvier les communistes ont mobilisé sur la question des trains du quotidien et du fret, à partir de la mi-mars nous sommes allés à la rencontre des cheminots et des usagers sur la question des réformes en cours. Nous avons distribué des tracts dans toutes les gares du département et nous avons programmé 6 réunions publiques . Il faut en effet ouvrir des espaces ou cheminots, usagers, citoyens se parlent. Il fallait dénoncer les mensonges du gouvernement et la gravité de l’attaque contre le service public que représente le rapport Spinetta et aussi mettre en débat des propositions pour permettre à l’entreprise de se développer, et de répondre aux besoins des populations et des territoires. La dimension écologique du développement d’un grand service public ferroviaire n’est pas à négliger dans cette bataille pour convaincre l’opinion publique.

Nous avons donc contribué à ce qu’une majorité populaire se dessine pour soutenir le mouvement des cheminots. Et puis, et ce n’est pas un détail, nous faisons vivre en acte la solidarité du monde du travail en proposant notre badge « Mon train j’y tiens » dont tout l’argent récolté ira à la caisse de solidarité des cheminots grévistes.

Et puis nous sommes également actifs dans le mouvement des hopitaux et des ephad avec le tour de France des parlementaires communistes, auprès des postiers, des étudiants et des salariés de ford. Il y a enfin les questions internationales avec notamment les questions palestiniennes et kurdes.

  • On l’a vu, la France Insoumise a de son côté appelé à une grande journée de mobilisation le 5 mai prochain. Quel est ton regard sur cette initiative ?

La question qui est posée au mouvement social est celle de son élargissement et de travailler à des convergences entre tous les secteurs en lutte. Ce n’est pas une simple question de calendrier, c’est un débat politique dont il s’agit car s’il faut converger, il faut aussi élargir le champs de la mobilisation. Pour cela il faut aider à voir les logiques qui sont à l’œuvre et qui dépassent le seul champ de la SNCF. Macron et les marchés financiers veulent détricoter tous les acquis de 1945 pour répondre aux besoins de la rentabilité. C’est cela la bataille à la SNCF comme dans les hôpitaux, les besoins humains contre la rentabilité financière.

Depuis quelques temps, l’idée d’une grande journée de mobilisation un week-end à l’appel des forces politiques et syndicales est en réflexion. 12 organisations politiques dont le PCF et la FI, mais aussi le NPA et Génération.s ont signé un appel pour défendre et développer les services publics.

J’ai pour ma part et au nom du PCF écrit à toutes ces forces en Gironde pour que nous travaillons à des initiatives communes à partir de cette volonté politique de défendre le service public. C’est le service public ferroviaire, mais c’est aussi un plan d’urgence pour l’Hopital, les ephad, ce sont des batailles contre les fermetures de classes dans les écoles…

D’autres convergences peuvent voir le jour autour des questions des salaires et du pouvoir d’achat, de l’utilisation de l’argent et du poids du coût du capital sur l’emploi et le progrès social, on le voit à Ford, à Carrefour, mais aussi à La Poste.

Donc sur le principe, je n’ai rien contre une grande journée de mobilisation et d’initiative un week-end, bien au contraire je crois que si cela est bien travaillé, c’est de nature à faire franchir une étape au mouvement. Mais cela ne doit pas nous détourner de deux éléments essentiels : contribuer à la réussite des mobilisations décidées par les travailleurs eux mêmes, le 19 avril et le 1er mai sont déjà posées dans le paysage. Poursuivre le travail de proximité et d’échange avec la population. La bataille de l’opinion est essentielle.

  • Cela veut-il dire que le PCF y participera ?

J’ai bien lu l’appel et il ne pose pas la question en ces termes, il propose d’en débattre, débattons-en même si il y a des tentatives de refermer ce débat avant même qu’il ait lieu. J’ai deux questions, une de forme et basique et une autre plus politique et de fond. Je trouve le 5 mai trop rapproché du 1er et il y a un risque de zapper l’un pour l’autre. Si le 19 avril et le 1er mai sont réussis, pourquoi ne pas se donner un peu de temps pour réussir l’initiative suivante ?

Et puis, le mot d’ordre me semble léger et conduire à une impasse (faire la fête à Macron). C’est un vrai débat que nous avons, notamment avec la France Insoumise : faut-il personnaliser cette colère ? Cela la rend-elle plus combative et porteuse de sens comme je le disais tout à l’heure ? Quid du cahier revendicatif des cheminots, des postiers, des hospitaliers ? Quid du devenir de l’usine Ford, des salariés de Carrefour ?

Il me semble qu’une grande initiative unitaire, construite avec les organisations syndicales serait possible si on travaillait justement à partir des revendications des salariés autour de 3 grandes questions qui permettraient des convergences et qui sont contenues dans l’appel de Ruffin : celle du développement des services publics, celle de l’utilisation de l’argent face à une politique de satisfaction des intérêts de la classe capitaliste, et enfin la question démocratique : ce gouvernement n’a pas de majorité populaire pour soutenir sa politique.

  • Avec ces mouvements sociaux et la fête de l’Huma locale qui approche, l’actualité est riche et exigeante. N’y a-t-il pas un risque de « zapper » les débats du congrès dont le processus a commencé ?

Je pense au contraire que le mouvement social est aussi une chance pour nos débats dans la perspective du congrès. En premier lieu parce que rien ne serait pire que de mener ces débats en vase clos, l’actualité nous oblige à confronter à la réalité nos points de vue, nos convictions, parfois même nos partis pris.

Je prends un seul exemple, le débat stratégique. Il est de mon point de vue trop centré sur la question des alliances électorales, dont nous devons évidemment discuter mais une stratégie politique ne peut se résumer à cette seule question. Une stratégie, c’est un ensemble d’actions permettant d’atteindre un objectif politique. Nous devons nourrir un haut niveau d’ambition sur l’objectif à atteindre, dépasser le capitalisme qui conduit l’Humanité à des catastrophes sociales, économiques et écologiques. Sur ça il y a je crois une large adhésion dans le parti.

Aujourd’hui ce n’est pas la question de la façon dont on va à une élection qui est posée, mais c’est celle de notre intervention en direction du monde du travail. Comment à partir de ce qui bouge faire grandir l’idée qu’il est possible de dépasser la contradiction Capital-Travail dans notre société? Quelles propositions, quelles initiatives pour permettre que cette idée s’empare des masses ?

Le mouvement social nous oblige à être dans la bataille, dans l’action, et apprécier en même temps son évolution et la portée des gestes politiques que nous produisons. Un premier constat, il me semble nécessaire de hausser encore notre capacité d’action et d’intervention. Une des clés réside dans notre capacité collective à inventer de nouvelles formes d’intervention et d’initiative.

Toutes et tous cheminot.e.s

(éditorial des Nouvelles de Bordeaux du 5 avril)

Le mouvement des cheminots débuté depuis mardi ouvre des perspectives inédites depuis l’élection d’Emmanuel Macron il y a presque un an.

Inédit dans sa forme et par son ampleur, il bouscule les consciences et élève le niveau de combativité de l’ensemble du monde du travail. Electriciens, salariés d’Air France, de Carrefour, de Ford, agents des services publics, à La Poste, partout le monde du travail affronte les logiques libérales qui sont à l’oeuvre.

Toutes celles et ceux qui luttent et affrontent les politiques libérales depuis tant d’années apportent leur soutien dans cette bataille qui n’en est qu’à ses débuts. 12 organisations et mouvements politiques ont signé un texte commun, l’intersyndicale cheminote est unitaire, les grandes fédérations de syndicats sont dans la bataille, des artistes ouvrent une caisse de solidarité aux grévistes.

Face à eux en revanche, les cheminots ont un gouvernement prêt à tout, mobilisant ses alliés, les grands groupes financiers, pour gagner la bataille de l’opinion publique au travers d’une campagne médiatique mensongère sur les « privilèges » des cheminots, sur l’idée qu’il n’y aurait pas le choix, que la dette de la SNCF ne peut être réduite.

Cette unité des forces sociales est effacée sciemment par le pouvoir en place qui poursuit ses tentatives de division : usagers contre cheminots, salariés du privé contre fonctionnaires et travailleurs sous statut, retraités contre actifs, français contre etrangers…

Et pourtant une majorité populaire est en train de grandir.

Cette bataille, c’est un affrontement brutal entre les forces de l’argent et de la finance et les forces productives. Chacun sent bien que dans cette bataille, si nous sommes tous le cheminot de quelqu’un, nous sommes au bout du compte tous cheminotes et cheminots.

Car ils ne se battent pas pour le statut quo mais pour l’avenir, pour un grand service public du rail, pour nos gares, nos lignes et nos trains, pour le frêt, pour relever le défi du déreglement climatique, pour l’aménagement du territoire et l’égalité territoriale.

Ils s’attaquent ainsi au nerf de la guerre : l’utilisation de l’argent. La vente à la découpe de la SNCF ne poursuit qu’un seul but, engraisser les grands groupes prêts à sauter sur le magot. Tous les coups semblent permis pour Pepy, la ministre Borne et le gouvernement relayés le doigt sur la couture par les medias aux mains des intérêts capitalistes. Cela pose en grand la question du pluralisme de la presse.

Après deux décennies de luttes défensives, il est de la responsabilité de chacun d’entre nous de passer à l’offensive, pour un autre projet de société, tous ensemble.

Afrin n’est pas seule, Afrin vivra, Afrin vaincra

1033260884Intervention au meeting de soutien au peuple kurde et à la résistance d’Afrin à Bordeaux le 27 mars

Je veux ce soir au nom du Parti communiste français exprimer les raisons qui font que nous sommes aux côtés des kurdes ce soir, tout comme nous sommes à leurs côtés depuis de nombreuses années.

Voici plus d’un an nous lancions en France une campagne pour que la France et l’Europe prennent leur responsabilité par rapport au sinistre Erdogan qui piétine chaque jour un peu plus les droits de l’Homme.

Depuis 18 mois, 160 000 personnes ont été arrêtées en Turquie et jetées en prison. Des milliers de prisonniers politiques, plus de 300 journalistes, des élus. Un rapport du Haut Commissariat aux droits de l’homme fait été de tortures par chocs électriques, d’emprisonnement d’épouses de prisonniers alors qu’elles sont enceinte, de dizaines de violations des droits de l’homme.

Des milliers de voix dénoncent l’utilisation faite par Erdogan de l’Etat d’urgence décrété en Turquie pour étouffer et réduire au silence toute forme d’opposition à sa politique.

La France commet une erreur en le considérant comme un allié ordinaire. La Turquie d’Erdogan devrait être mise au ban des nations démocratiques !

La deuxième chose est que lorsque le peuple kurde remportait des premières victoires face à Daesh, comme à Kobane, toute la communauté internationale saluait le courage, l’abnégation des combattantes et des combattants kurdes.

LA lutte contre le terrorisme islamiste, contre DAESH, passe par le soutien aux forces combattantes kurdes pour une raison simple : ces forces combattantes sont aussi des forces démocratiques, ce sont des forces feministes, ce sont des forces de progrès !

Il est donc aberrant que l’Europe continue d’en considérer certaines comme des terroristes.

Il n’y aura pas de paix en Syrie, en Irak sans l’aide aux forces démocratiques présentes dans ces deux pays, dont les forces démocratiques kurdes.

Pour ces deux raisons, la lutte contre Erdogan, et le soutien à la cause kurde, Le Parti Communiste Français dénonce l’abandon par l’Europe, les USA et la Russie des forces kurdes à Arfin.

 

Alors que les Russes et les américains possèdent des troupes dans la région, elles ont livré à l’armée Turque la population d’Afrin, une ville de 350 000 habitants.

Qui peut continuer à croire aujourd’hui que RT Erdogan veut simplement sécuriser sa frontière ? Les civils d’Arfin fuient par milliers les pillages, les viols, les assassinats. Les kurdes ont raison de redouter qu’Erdogan veuille procéder à une épuration ethnique à Afrin, comme les arméniens de Turquie ont il y a un siècle été massacrés dans l’indifférence générale.

Face à cela nous ne pouvons plus supporter que la France publie simplement des appels « à la retenue » en direction du président turque, qui est encore l’allié des USA au sein de l’Otan.

Nous ne pouvons plus supporter que l’Europe dise simplement chaque semaine « sa préoccupation » face aux exactions de l’armée Turque.

Nous ne pouvons plus supporter l’attitude complice des USA, qui refuse de condamner son allié au sein de l’OTAN, cette organisation qui doit désormais disparaître et qui est l’une des fauteure de guerre notamment au proche et au moyen Orient.

Nous ne pouvons plus supporter l’attitude complice des Russes dont les troupes ont déserté Afrin 48h avant l’attaque Turque.

 

Le Parti Communiste Français est l’allié du peuple kurde et des forces démocratiques kurdes en turquie, en Syrie et en Irak. 

l’heure est aujourd’hui à une mobilisation trans-partisane pour stopper R.T. Erdoğan. La France et l’Union européenne doivent parler plus fermement, condamner la politique d’Ankara, exiger l’interdiction du survol de l’aviation turque et son retrait du territoire syrien.

L’ONU doit, sans attendre, adopter une résolution protégeant les Kurdes de Syrie.

Parce qu’on ne peut construire la paix sur de nouveaux massacres de populations, on ne peut reconstruire la démocratie en emprisonnant, torturant, pillant massacrant comme le fait Ankara dans son propre pays et maintenant en Syrie, nous devons unir nos forces pour soutenir le peuple kurde, soutenir les forces démocratiques kurdes.

J’exprime à nouveau ce soir la solidarité totale de la fédération de Gironde du PCF avec les Kurdes parce qu’ils incarnent le combat pour la liberté, la paix et la démocratie !

Vive la résistance à Afrin

vive le Rojava

Vive le peuple Kurde