(éditorial des Nouvelles de Bordeaux du 5 avril)

Le mouvement des cheminots débuté depuis mardi ouvre des perspectives inédites depuis l’élection d’Emmanuel Macron il y a presque un an.

Inédit dans sa forme et par son ampleur, il bouscule les consciences et élève le niveau de combativité de l’ensemble du monde du travail. Electriciens, salariés d’Air France, de Carrefour, de Ford, agents des services publics, à La Poste, partout le monde du travail affronte les logiques libérales qui sont à l’oeuvre.

Toutes celles et ceux qui luttent et affrontent les politiques libérales depuis tant d’années apportent leur soutien dans cette bataille qui n’en est qu’à ses débuts. 12 organisations et mouvements politiques ont signé un texte commun, l’intersyndicale cheminote est unitaire, les grandes fédérations de syndicats sont dans la bataille, des artistes ouvrent une caisse de solidarité aux grévistes.

Face à eux en revanche, les cheminots ont un gouvernement prêt à tout, mobilisant ses alliés, les grands groupes financiers, pour gagner la bataille de l’opinion publique au travers d’une campagne médiatique mensongère sur les « privilèges » des cheminots, sur l’idée qu’il n’y aurait pas le choix, que la dette de la SNCF ne peut être réduite.

Cette unité des forces sociales est effacée sciemment par le pouvoir en place qui poursuit ses tentatives de division : usagers contre cheminots, salariés du privé contre fonctionnaires et travailleurs sous statut, retraités contre actifs, français contre etrangers…

Et pourtant une majorité populaire est en train de grandir.

Cette bataille, c’est un affrontement brutal entre les forces de l’argent et de la finance et les forces productives. Chacun sent bien que dans cette bataille, si nous sommes tous le cheminot de quelqu’un, nous sommes au bout du compte tous cheminotes et cheminots.

Car ils ne se battent pas pour le statut quo mais pour l’avenir, pour un grand service public du rail, pour nos gares, nos lignes et nos trains, pour le frêt, pour relever le défi du déreglement climatique, pour l’aménagement du territoire et l’égalité territoriale.

Ils s’attaquent ainsi au nerf de la guerre : l’utilisation de l’argent. La vente à la découpe de la SNCF ne poursuit qu’un seul but, engraisser les grands groupes prêts à sauter sur le magot. Tous les coups semblent permis pour Pepy, la ministre Borne et le gouvernement relayés le doigt sur la couture par les medias aux mains des intérêts capitalistes. Cela pose en grand la question du pluralisme de la presse.

Après deux décennies de luttes défensives, il est de la responsabilité de chacun d’entre nous de passer à l’offensive, pour un autre projet de société, tous ensemble.